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Les anarchistes dans la ville

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Les anarchistes dans la ville

Chris Ealham dans son ouvrage intitulé Les anarchistes dans la ville propose une vision renouvelée de l’implantation anarchiste à Barcelone entre 1898 et 1937 en parallèle avec le développement de la ville capitaliste et industrielle. L’auteur établit un lien étroit entre développement des espaces urbains et développement des mouvements sociaux tant prolétariens que bourgeois. La modernisation de la ville renforça les inégalités et du même coup favorisa la conscience de classes des différentes communautés. Il convenait donc pour la bourgeoisie catalane de contrôler son propre espace urbain en le militarisant et pour les anarchosyndicalistes de la CNT et la population de conserver la maîtrise des quartiers ouvriers en y déployant des pratiques d’auto-organisation et de solidarité. C’est selon l’auteur ce « militantisme de quartier » qui permis une implantation de la CNT en liaison avec les usines toutes proches. De fait les travailleurs œuvraient et vivaient sur le même territoire ce qui facilitait la présence militante, la résistance et les actions directes locales. Militance de quartier relayée par de nombreuses structures d’éducation populaire comme les athénées et les coopératives de consommation. Ainsi selon l’auteur : « la CNT était essentiellement le fruit d’un espace local et des relations sociales qui y existaient ». Suite à la monarchie autoritaire, la République de 1931, malgré ses promesses électorales, ne changea rien aux pratiques de répression à l’encontre des groupes ouvriers radicalisés, des chômeurs, des vendeurs à la sauvette et autres « vagabonds » venus de sud de l’Espagne.

L’autre aspect intéressant de l’ouvrage est un long développement sur la militarisation de l’anarchisme entre 1932 et 1936. L’auteur en souligne l’intérêt mais surtout les limites du point de vue des effets, pas toujours positifs, sur la mobilisation ouvrière de cette « gymnastique révolutionnaire ». En bref, la militarisation apparut à terme comme moyen peu adapté pour renforcer l’anarchosyndicalisme et pour mener à bien la guerre de classes même s’il fut, en réaction au coup d’état fasciste, une carte maitresse. Réaction ouvrière qui permit la concrétisation d’une « contre-société prolétarienne autonome ».

Comme évoqué au début de cette recension, Chris Ealham nous livre une approche renouvelée du mouvement anarchiste et anarcho-syndicaliste barcelonais jusqu’à la révolution sociale de 1936 à partir de sources diversifiées et très riches, ponctuée de quelques illustrations intéressantes et enrichie d’un index utile. Au-delà, à l’exemple des militants d’autrefois, les anarchistes d’aujourd’hui pourraient s’inspirer de ce militantisme de quartier pour reprendre pied dans l’espace social et relancer la lutte de toujours des opprimés.

Ealham C., 2021, Les anarchistes dans la ville, révolution et contre-révolution à Barcelone (1898-1937), Marseille, Agone. A Publico

 

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