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Bolivie : l’illusion écologiste

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Bolivie : l’illusion écologiste

 

Le livre de Dimitri de Boisieu entre récit de voyage et observation scientifique nous donne à découvrir la Bolivie et les étonnantes contradictions de son leader autochtone Evo Morales. Après quelques pages essentielles et synthétiques sur le pays et son système politique, l’auteur fait l’état des lieux sur les engagements écologistes du président élu sur la base bien vivir (bien-vivre) et du respect de la Terre-Mère, la Pachamama. Mais très vite les promesses passent à la trappe et sont remplacées par une logique productiviste et « extractiviste » (p.31) qui puissent sans scrupules dans les réserves naturelles. Oublié la Terre-mère au profit de Total et d’autres. Oublié, malgré quelques avancées en direction des plus modestes, même s’il est nécessaire de rester critique à l’égard d’un tel projet, le « socialisme communautaire du bien vivre ». Un « socialisme » très vite supplanté par un capitalisme d’État à la mode andine et au risque d’un culte de la personnalité voué au leader Evo.

Si le (double) discours officiel « pose les principes de la non-marchandisation » (p.54) des ressources de la Terre-mère, la réalité et toute autre et les lois environnementales sont de fait des « coquilles vides ». Le miroir aux alouettes de la richesse promise par l’exploitation du lithium et par « la malédiction aurifère » (p. 78) laissent place à toute les spéculations exportatrices menaçant la riche biodiversité bolivienne.

Dans le même temps « l’augmentation de la température affecte déjà les peuples de Bolivie » (p.63). En 2015, le lac de Poopo a disparu sous l’effet de la sécheresse et « on estime que la masse des glaciers andins a diminuée de 43% » (p.77). Quant aux promesses de participation et de cogestion des parcs nationaux dites « aires protégées », la gestion « est en voie de re-centralisation [… et démontre] une forte réticence […] du gouvernement bolivien à accorder un réel pouvoir de décision aux acteurs locaux » (p.117). Malgré tout, une timide révolution agraire a été engagée qui a permis la redistribution de terre « aux mains de ceux qui la travaillent » (p.165) mais qui n’a pas été sans effet pervers : la privatisation de terres collectives et un risque accru de déforestation. En Bolivie comme ailleurs, les grands projets inutiles pullulent et ne sont pas toujours (jamais) respectueux des populations locales. De fait, rien n’arrête « l’exploitation prédatrice des ressources naturelles au sein des territoires indigènes » (p.226).

Au demeurant ce livre, au-delà de dénoncer l’illusion écologique et celle d’un socialisme respectueux des individus et de l’environnement par l’Etat, en Bolivie comme ailleurs. Il permet aussi de découvrir les richesses et les beautés d’un pays andin et amazonien et de ses peuples, donc de joindre l’utile à l’agréable, l’éducatif au politique.

 

 

  • Dimitri de Boisieu, 2019, Bolivie, l’illusion écologiste, Québec, écosociété, à Publico.
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