Archive du publicateur Éric

Nonviolence ?

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Nonviolence ?

 

Bien que ne m’inscrivant pas dans ce courant du mouvement libertaire même si j’estime qu’en cas de recours au pire (la violence) il faut toujours en tant qu’anarchiste n’y recourir qu’en dernière instance. La question et la posture m’interrogent. En effet, quid d’une Commune de Paris qui ne répondit à la violence versaillaise que sous la contrainte armée ? La Commune aurait-elle pu s’installer et durer dans le cadre d’un mouvement non-violent ? Ou encore quelle résistance et quelle efficacité d’une CNT-FAI non-violente en juillet 1936 face à la barbarie franquiste ?

J’ai donc lu avec intérêt l’essai de Dominique Boisvert intitulé Nonviolence, une arme urgente et efficace (1). Deux remarques : tout d’abord, l’auteur emploi à dessein dans son titre le mot « arme » car pour lui, c’est le fil rouge et noir de son essai, la nonviolence est une arme efficace et qui plus est d’avenir. Ensuite, il supprime le trait d’union entre non et violence afin d’en faire un concept à part entière et non pas seulement la négation, le contraire de violence.

Il engage donc chacun d’entre nous à penser la nonviolence et à « décoloniser nos imaginaires » (p.13) forgés contre notre gré par une société violente, guerrière et souvent viriliste. En bref, notre acceptation de la violence, voire son exercice, sont le résultat d’habitus acquis, transmis, reproduits plus ou moins inconsciemment. Quant à la définition de la non-violence donnée par Dominique Boisvert, elle m’apparaît libertaire d’esprit et en tout point compatible avec l’éthique anarchiste. Pour moi, la nonviolence est « cette attitude, écrit-il, globale de bienveillance tant à l’égard des autres humains que de la création toute entière. Une attitude faite de respect profond, d’ouverture et de gratitude, qui cherche à construire ensemble sans dominer ni exploiter » (p.16). 

L’auteur souligne par ailleurs une baisse tendancielle au cours de l’histoire de l’humanité du recours à la violence particulièrement au 20e siècle, malgré ses horreurs. Il produit à cet égard des chiffres qui semblent solides et sourcés. Un gros désaccord pourtant avec l’auteur, non pas sur la tendance à moins violence en général mais sur les causes de celle-ci. Boisvert considère en effet que le reflux de la violence serait lié à l’émergence d’un état régulateur et protecteur qui se réserve seul l’usage de la violence légitime telle que définie par le sociologue Max Weber. Pour moi et de nombreux anarchistes, au contraire, même si l’Etat se réserve le droit à violence, nous considérons que l’émergence de la violence est probablement en germe avec l’apparition de l’Etat et des privilèges qu’il installe et protège. Au moins en ce qui concerne la violence sociétale instituée. Reste que comme les libertaires, il considère « sans la moindre hésitation, que l’économie dominante (capitaliste) actuelle est d’une violence structurelle extraordinaire. Une violence tellement « intégrée » dans nos sociétés que nous ne la voyons même plus. Une violence devenue la normalité de nos vie » (p. 67).

Au demeurant, l’auteur brosse un rapide tableau des sources de la réflexion sur la violence et la nonviolence. Il s’inspire ainsi de La Boétie et de son discours sur la servitude volontaire, de Henry David Thoreau, Gandhi, Luther King. Un oubli toutefois, notre compagnon Louis Lecoin n’est pas mentionné. Il fournit par ailleurs un intéressant récapitulatif chronologique de toutes les luttes nonviolentes de 1919 en Corée contre la loi coloniale japonaise jusqu’en 2011 en Tunisie contre la dictature. Elles furent en effet nombreuses et quelquefois (souvent) victorieuses et en cela elles sont réellement une arme. L’auteur dénonce encore à juste titre la gabegie financière que représentent les budgets d’une militarisation toujours galopante. Par contre, il se fait de lourdes illusions sur la capacité de l’ONU à réguler la violence voire installer la paix. Il nous incite néanmoins en toute honnêteté à oser la démarche non-violente. Reste à savoir si elle est possible en toute circonstance. Donc un essai qui actualise et relance la réflexion et la controverse sur la nonviolence et dont je partage en partie la conclusion, à savoir que « la nonviolence est une éthique avant d’être une technique (p.82). Sans pour autant, pour ma part, adhérer aux propos de Luther King qui déclarait « les hommes non plus le choix entre la violence et la non-violence en ce monde ; c’est la non-violence ou la non-existence. Voilà où nous en sommes aujourd’hui » (p.110). Je pense quant à moi qu’un autre futur est possible sans être capable pour autant d’en prédire la voie.

 

 

 

 

(1)     Dominique Boisvert, 2017, Nonviolence, une arme urgente et efficace, Québec, éd Ecosociété.

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Syndicalisme et Révolution

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Syndicalisme et Révolution

Par Eugène Descamps

Les Œillets rouges, 1989, Cahiers de Réflexions anarchistes, n°4, pp. 28-34.

Au moment où le syndicalisme révolutionnaire s’étiole pour les uns, renaît pour les autres; au moment où les coordinations fleurissent et se fanent, nous avons choisi de rencontrer Eugène. Descamps1 pour qu’il nous fasse part de sa réflexion quant aux liens qui unissent syndicalisme et révolution.

– O.R. : L’idée de révolution vaut-elle encore dans le syndicalisme daujourd’hui ; syndicalisme et révolution sontils encore compatibles ?

– E.D. : Il faut d’abord bien préciser le sens du mot « révolution », bien préciser de quelle révolution l’on parle. Est-ce une révolution qui implique la prise et/ou la destruction du pouvoir politique par la force et visant à abolir les privilèges, de manière que l’on désire définitive, par l’appropriation collective des moyens de production et de distribution. Est-ce une révolution « lente » qui, tenant compte du régime dans lequel elle naît, va essayer par une action quotidienne, permanente, de faire avancer vers des objectifs significatifs, vers plus de justice, l’autonomie ouvrière, le contrôle ouvrier, l’autogestion et, à tout le moins, le contrôle des grands moyens de production.

Pour moi, c’est plutôt dans ce deuxième sens qu’il faut entendre la révolution, le syndicalisme ayant un caractère révolutionnaire par le rôle déterminant que les travailleurs organisés y joueront. Si, pour ma part, j’ai peu employé ce terme, c’est sans doute à la fois par considération pour son contenu et par sensibilité aux difficultés des militants et aux pesanteurs du combat ouvrier. Pourtant, j’estime que la transformation fondamentale des rapports sociaux est essentielle ; la lutte n’a pas cessé, c’est pourquoi syndicalisme et révolution sont encore compatibles, mais à certaines conditions.

– O.R. : Cette compatibilité se retrouve-t-elle, saffirme-t-elle encore dans l’ensemble des courants syndicaux ?

– E.D. : Si on examine les choix faits par la C.F.D .T. en 1970 lors de son congrès: « appropriation collective des principaux moyens de production, planification démocratique, autogestion », leurs caractères révolutionnaires ne font aucun doute. Après une longue marche, la C.F.D.T. faisait alors clairement le choix de l’option d’un socialisme autogestionnaire. En se déclarant pour la propriété sociale des grands moyens de production, la C.F.D.T. rejetait également le pouvoir étatique, source d’une société bureaucratique et… totalitaire. Elle prônait alors : décentralisation du pouvoir économique, participation active, contrôle des travailleurs et des consommateurs aux processus de décisions économiques. Elle s’affirmait nettement anticapitaliste… et antitotalitaire. Si on regarde aujourd’hui la situation de cette confédération, on est obligé de constater, honnêtement, que l’on est très loin des perspectives à visées révolutionnaires tracées à l’époque. En revanche, dans l’esprit et la pratique, certains syndicats C.F.D.T. ont conservé cette sensibilité, ces objectifs que nous nous étions fixés dans les congrès de 1970 et 1973, lorsqu’ils réaffirment, par exemple, leur volonté de voir les comités d’entreprise non seulement gérants d’œuvres sociales, mais aussi – et surtout – en mesure de connaître, de juger la vie de l’entreprise, de contrôler embauche, licenciements et conditions de travail. En clair, un instrument d’action et de prise d’information pour le contrôle ouvrier.

Au plan des fédérations, je constate la constance de la fédération HACU1TEX2 dans ses luttes, ses choix présents et ses perspectives, malgré les graves difficultés économiques de ce secteur. De même pour certaines Unions régionales : Basse Normandie, Pays de Loire, etc. ; des secteurs professionnels: métaux Paris, Loire-Atlantique, etc. ; la résistance au néo-libéralisme est cohérente, radicale. Mais ces organisations ont, en face d’elles, en ce moment une confédération inscrivant son action dans un certain consensus, dans le cadre d’une « société apaisée ». Ce n’est pas médire que d’indiquer que la C.F.D.T. d’aujourd’hui accepte la primauté du marché, légitime le pouvoir et la fonction patronale, s’inscrit sans critique dans « l’impératif » de la compétitivité.

Lorsqu’on observe la C.F.D.T. de 1988, ses options pour un « socialisme démocratique » semblent bien lointaines. D’ailleurs, le récent congrès ne l’a-t-il pas banni du projet confédéral.., tandis que l’on appelait à sanctionner les organisations et les militants de la gauche syndicale!

O.R. : En renonçant en fait à l’autogestion. la C.F.D.T. a-t-elle renoncé, du même coup, à la révolution?

– E.D. : Lors de son dernier congrès. la C.F.D.T. a parlé d’ « autogestion », mais le terme est vidé de son contenu. En 1972 dans Syndicalisme Magazine, on pouvait lire :

« – ce sont les travailleurs qui éliront les responsables de l’entreprise aux différents niveaux (de l’atelier à l’ensemble de l’entreprise) ; (…)

« – ce sont les travailleurs qui décideront collectivement de l’organisation du travail et des conditions de travail ; (…)

« – ce sont les travailleurs qui détermineront, dans le cadre du plan démocratique, la politique de l’entreprise en matière de fabrication, de répartition des investissements, de rémunérations. »

De même, il était nettement affirmé que : « – L’autogestion n’est pas compatible avec la propriété privée des moyens de production et d’échange. C’est ce que la C.F.D.T. exprime en liant son projet d’autogestion à la propriété sociale (…) »

Aujourd’hui, les exigences autogestionnaires se transforment en une « démarche », une «perspective» dans lesquelles « chaque individu, groupe, doit pouvoir maîtriser ses conditions d’existence et les transformations ».

On voit mal en quoi ces formules vagues peuvent être un projet de transformation. Nous sommes vraiment aux antipodes de ce qu’Edmond Maire et Julliard3 écrivaient en 1975 dans l’ouvrage La C.F.D.T. daujourd’hui, publié au Seuil : « Elle [l’action syndicale] est profondément et concrètement révolutionnaire, car elle met en cause les principes de base de la société capitaliste (…) ».

En abandonnant l’idée de socialisme autogestionnaire, la C.F.D.T. a perdu non seulement toute perspective, mais, plus grave encore, sa substance, ses pratiques ; elle n’appelle plus au débat, à la lutte, à la réflexion. Pourtant, face à la crise, à ces crises successives du capitalisme français et international, s’imposerait une analyse rigoureuse des stratégies économiques et financières du patronat, des gouvernements ; s’imposerait aussi de mettre le doigt sur l’incurie du libéralisme économique : les millions de chômeurs, les précaires, les laissés-pour-compte, les besoins insatisfaits, la dégradation des services publics, etc. Mon jugement sévère sur la C.F.D.T. est à la mesure des espoirs d’il y a vingt-cinq ans, lors de sa fondation.

Il faut réagir face à l’intoxication des médias, à « l’air du temps » ! Avec nos moyens, sensibiliser l’opinion sur les conséquences néfastes des politiques libérales. Agir : l’action quotidienne est essentielle, car nous ne convaincrons de la justesse de nos objectifs, planification, autogestion, qu’à la condition d’être sur le terrain, d’expliquer d’entraîner, de réaliser un syndicalisme qui lutte et éduque. Trop souvent, on ne conscientise plus les gens, on ne les sensibilise plus à une transformation sociale!

OR. : Le fonctionnement actuel n‘est-il pas un indicateur de cette perte de substance?

– E.D. : Sans doute, on a perdu la notion d’une vie fédérale, tant au niveau des fédérations que des régions ou des départements. L’action doit se définir et se décider à partir d’une confrontation permanente entre la « base », les responsables et, si besoin, les appareils fédéraux et régionaux. Des « choses » bougent et on nous invite sans débat, sans discussion, à nous adapter… à quoi, pour quoi faire ?

Difficile de faire un syndicalisme à caractère révolutionnaire sans une conscience aiguë de l’adversaire. Même s’il se transforme, modifie son visage, le capitalisme est toujours là. Mais, est-ce si évident ? Non! Parler d’anticapitalisme fait ringard, vieux jeu…. et pourtant, sous de nouveaux habits, ce qui demeure – plus violent aujourd’hui qu’il y a vingt ans – c’est la domination du monde par les puissance financières et économiques, c’est le renforcement du système capitaliste, la célébration du profit, de la concurrence…. pour, en définitive, accroître l’ exploitation des uns, la marginalisation des autres. Cela il faut le dire, l’expliquer !

C’est au travers de ces constantes que les travailleurs décident d’actions collectives et découvrent la lutte des classes et la nécessité d’actions nationales et internationales pour se défendre contre des transferts de production vers des pays à bas salaires (cf. Thomson), pour sauver leur établissement condamné par une décision prise à Boston (Etats-Unis) (cf. Gillette-Annecy) ; refuser des O.P.A., ; maîtriser ce qui change (techniques, organisation du travail). Dans le même temps, conscient de la transformation du groupe salarial, de l’importance grandissante des techniciens et ingénieurs, du développement des services, le syndicalisme doit œuvrer à créer de vivantes solidarités horizontales dans les processus deproduction. Au plan interprofessionnel, devant le chômage et la précarité, la fraternité doit être agissante pour le droit à la santé pour tous, une garantie des revenus, la diminution du temps de travail, la création d’emplois, une politique industrielle, etc.

– O.R. : Quelles évolutions as-tu constatées dans les autres confédérations syndicales, quelle place  pour l’idée de révolution?

– E.D. : Du côté de la C.G.T., son autonomie à l’égard du parti n’existe pas plus qu’avant, ce qui rend sa capacité, son intention révolutionnaire inexistantes. La « démission » récente de Sainjon à la fédération des métauxest significative. Dans cette organisation, apparurent à plusieurs reprises des tentatives d’ouverture, la recherche d’une prise de distance par rapport au P.C. ; à chaque fois, l’initiative a été contrée pour finalement échouer.

Depuis dix ans, ceux qui ont voulu transformer de l’intérieur la C.G.T. ont été éliminés, mis sur la louche. Le Parti communiste a une volonté bien arrêtée de tenir en main l’organisation syndicale. Chaque fois que des velléités d’autonomie se sont fait jour. Chaque fois qu’une volonté d’indépendance ou de recherche originale s’est manifestée, elles ont été cassées. C’est d’autant plus dommage que la C.G.T. avait un capital d’hommes exceptionnels qu’elle a gâchés, qui ont été neutralisés ou qui l’ont quittée sur la pointe des pieds. Il y a vingt-cinq ou trente ans, la C.G.T. disposait d’une réelle capacité révolutionnaire, d’organisations solides animées par des hommes généreux, sectaires parfois, mais au contact des travailleurs. Dans ce monde ouvrier où s’exprimaient fidélité et foi révolutionnaire, les militants se rendaient bien compte que le parti ou le syndicat déraillaient, mais par patriotisme d’organisation ils se taisaient et acceptaient !

Bien sûr, les situations ont changé, la condition ouvrière s’est améliorée. Les luttes y furent pour beaucoup. Les modes de vie se sont modifiés…, le monde des salariés a perdu de son homogénéité. Tout cela est vrai, mais l’absence d’autonomie réelle, les variations du P.C., ses exclusions, le centralisme démocratique ont tué la vie, l’échange, le renouveau.

– O.R. : En bref, la C.G.T. n’a pas le droit d’être révolutionnaire sans le parti, et elle n’aura pas de capacités révolutionnaires tant qu’elle n’aura pas largué les amarres ?

– E.D. : Dans la mesure où elle n’a pas cette autonomie à l’égard du P.C., une autonomie de fait, réelle, elle ne peut vraiment s’engager dans une pratique authentiquement révolutionnaire. On l’a constaté en1968. Elle reste pourtant une force à ne pas sous-estimer. Les conflits récents l’ont montré. De son côté, F.O. a mené son petit bonhomme de chemin avec, pendant vingt-cinq ans, André Bergeron à sa tête, Depuis quatre ou cinq ans, devant la faillite des autres, face à la dérive de la C.F.D.T, face à la C.G.T. qui n’arrive pas à se libérer, le syndicalisme F.O., qui accepte encore parfois des compromis bâtards, résiste bien aux sirènes du modernisme et défend fermement les acquis sociaux. Conservatisme, diront certains. Peut-être, mais comportement indispensable en ces temps de libéralisme débridé et de pressantes exigences patronales de déréglementation… F.O. n’a jamais proclamé vouloir la révolution, cette organisation reste fidèle au type de syndicalisme qu’elle a choisi.

– O.R. : Penses-tu que cette crise du syndicalisme révolutionnaire trouve l’une de ses sources dans les scissions de 1947, pour la C.G.T., et de 1964, pour la C.F.D.T., et qu’elles favorisèrent le renforcement du réformisme ?

– E.D. : Je m’interroge. A propos de la scission de la C.G.T., l’éclatement syndical voit naître d’un côté une C.G.T. sans autonomie réelle, de l’autre F.O. où se retrouvent les militants anarcho-syndicalistes et les militants réformistes, moins combatifs à l’époque que les militants communistes. Ils se sont manqué les uns aux autres ; plus d’autonomie pour les uns, plus de détermination pour les autres. Ils se sont amputés de quelque chose qui faisait la force et l’efficacité du syndicalisme.

De même pour la C.F.D.T., je crois que la scission a amputé, à sa naissance, la nouvelle organisation d’un certain style C.F.T.C. – celui des mineurs, par exemple, ayant une tradition de résistance aux compagnies minières, à l’occupant, plus engagés dans l’action directe du type de celle de la grève de 1963 qu’i1s menèrent. Action directe basée sur certaines exigences et conceptions éthiques, mais action directe quand même.

La liberté syndicale, la liberté tout court sont des valeurs premières que je respecte, mais le syndicalisme souffre d’un manque d’unité4, de sa dispersion. L’unité d’action (et non les concertations au sommet pour des arrangements) oblige les militants, les structures à confronter leurs pratiques, leurs idées, à discuter, à débattre à tous les niveaux des organisations. Ce n’est pas toujours facile, souvent lent et pénible, mais l’action prend une autre ampleur, un autre écho, d’autres perspectives…

Entre syndicats, il faudra réapprendre – et imposer si besoin, comme la base vient de le faire – le chemin de l’unité dans l’action. Les salariés y aspirent. Les luttes de ces derniers mois dans la Santé, les P.T.T., les Transports l’ont démontré. Les coordinations, les comités de lutte ont bousculé bien des schémas. Ils seront porteurs d’avenir si les appareils syndicaux savent, enfin, écouter, admettre leurs limites et voir d’abord les besoins, les aspirations des salariés et le syndicalisme, plutôt que leur « maison » respective.

Ces dernières années, nous avons maintenu le feu, l’avons entretenu afin qu’il puisse s’embraser à nouveau, ce qui semble avoir été le cas ! Un renouveau du syndicalisme est possible. La condition première, c’est son autonomie, son indépendance à l’égard des pouvoirs, partis, religions. Sa liberté dans l’action pleinement acquise, il doit maintenir la visée révolutionnaire de transformation sociale, dépasser le groupe de pression pour être moyen de promotion collective.

En ces temps, le chômage, la précarité neutralisent et engendrent la peur…, pourtant, il n’y a pas de durable salut individuel. Dans la compétition mondiale, seul un rapport de forces, une résistance collective peuvent éviter l’arbitraire et de larges marginalisations de populations.

Cela appelle un syndicalisme de terrain, où les salariés sont responsables, ainsi qu’une grande autonomie mais liée à la coordination des luttes, à l’autodiscipline – de l’établissement à la société multinationale et à l’économie mondiale. Des hommes et des femmes debout démontrant que les « ressources humaines » peuvent être mobilisées non pour le service du capital, mais pour la justice et l’émancipation.

1 Cofondateur et premier Secrétaire général de la C.F.D.T. (1964 -1971).

2 Habillement, cuir, textile. Depuis cet entretien toutes ces structures CFDT ont été recentrées  voire exclues. Certains de leurs militants ont rejoints SUD-Solidaire (Note HL, 2015)

3 du S.G.EN. à l’époque membre du Bureau national de la C.F.D.T.

4 N.d .R. Eugène Descamps ne parle pas, ici, d’unité organique.

Interview réalisée en septembre et modifiée en décembre 1988

par H. Hernandez et H. Lenoir

Ce propos d’Eugène Descamps démontre la lucidité d’alors du vieux leader syndicale quant à l’évolution de la CFDT et ses dérives et quant à la situation sociale et économique de la fin des années 1980. Ses analyses, malgré quelques rides, demeurent encore fondées et encore largement d’actualité. Seule peut-être son regard sur la CGT est peut-être dépassé… encore que… La recherche de l’illusoire (à ce jour) unité syndicale est pour Descamps une recherche permanente encore envisageable à cette période, plus difficile à envisager aujourd’hui tant les différentes « boutiques » roulent d’avantage pour leur survie que pour la lutte des classes et la transformation sociale. Si j’ai souhaité publié à nouveau ce long entretien 27 ans après,  réalisé en 1988 dans la maison provençale de Descamps où il s’était retiré et publié en 1989 dans une revue animées par des adhérents de la Fédération anarchiste, c’est qu’il explique le pourquoi de l’engagement d’un certain nombre de militants de ma génération dans les syndicats et les structures CFDT, surtout interprofessionnelles. Engagement largement incompréhensible en 2015 par ceux qui nous ont succédé dans ce cadre de lutte sociale. En effet, cette organisation, la CFDT, fut un temps, face à la CGT aux mains des staliniens du PC dans l’après 1968, une réelle alternative où les anarcho-syndicalistes avaient toute leur place… au moins l’eurent un temps avant le recentrage et la répression orchestrée par la direction confédérale et souvent menée ou acceptée par des gauchistes repentis. Il valait mieux pour nous alors fréquenter et militer avec quelques chrétiens progressistes que se voir maltraiter par les enfants de Staline… Erreur de jeunesse, peut-être, car l’histoire, au moins la nôtre, nous a rapidement rappelé que les tenants de l’église ou de l’état étaient par nature ni émancipateurs ni révolutionnaires. Reste, une paille, à tout reconstruire, voire à imaginer d’autres espaces, pour relancer l’esprit et les pratiques de la première AIT (Association internationale des travailleurs), des Bourses du travail et de la vieille CGT, de la glorieuses CNT d’Espagne et de tant d’autres organisations visant à l’émancipation des peuples, prônant l’action directe, l’éducation et le refus de parvenir.

H. Lenoir (juin 2015)

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De la promotion sociale à la promotion de soi ?

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De la promotion sociale à la promotion de soi ?

(intervention 3e Université de l’AFREF, 13 décembre 2018[1])

 

 Introduction

 

Impossible de brosser une histoire de l’éducation des adultes en si peu de temps, je me limiterai simplement à remettre en perspective la loi dite « liberté de choisir son avenir professionnelle » du 5 septembre 2018.

 

Loi qui de mon point de vue confirme une approche économique libérale de l’éducation des adultes, à savoir :

  • une marchandisation des connaissances,
  • une dérive éthique vers un individualisme étroit,
  • un enfermement de l’éducation dans la seule sphère du travail,

 

Mouvement de libéralisation engagé d’ailleurs depuis la loi de 2004 qui a recentré l’effort de formation sur la seule entreprise au détriment d’autres objectifs sociétaux.

 

 

Quelques brefs rappels historiques

 

J’ai coutume de faire remonter l’histoire de l’Education des adultes à François Rabelais et à son Gargantua. Celui-ci imagine en effet une Abbaye, celle de Thélème, Thélème qui signifie libre volonté et sur le fronton de laquelle serait écrit « fais ce que voudras ».

 

En d’autres termes, Rabelais imagine un lieu d’éducation ou hommes et femmes pourrons choisir de s’éduquer sur n’importe quel sujet, donc dans une certaine mesure de choisir leur avenir. Il s’agit là d’un lieu dont la finalité est l’accès au savoir universel donc au sens stricte d’une université pour adultes. L’abbaye est aussi par là même un lieu du Libre esprit ou et de l’esprit critique bien loin des préoccupations instrumentalistes de l’éducation de la période récente (2004-2018). La loi du 5 septembre n’est donc pas une innovation sauf dans sa restriction à la seule sphère professionnelle.

 

Autre incontournable en la matière, le rapport sur l’instruction publique de Condorcet en 1792 dont l’ambition éducationniste, même si elle n’est pas sans connotation économique, avait une toute autre portée. Son ambition était une éducation du peuple, pour le peuple, par le peuple. Ainsi, l’éducation devait permettre aux anciens sujets de devenir citoyens et non de simples producteurs. Condorcet visait aussi par l’éducation je le cite à : « rendre réelle l’égalité politique », et aussi à en finir avec la dichotomie, je le cite encore entre : « les hommes qui raisonnent et [ceux] qui croient ». Enfin ce rapport s’inscrit dans le refus d’une société divisées en deux classes : « celle des maîtres et celle des esclaves ». Ces brèves citations montrent la réelle nature du projet porté par Condorcet, celui d’une société ou éducation rime avec émancipation citoyenne bien au-delà de la seule dimension économisciste à l’œuvre aujourd’hui.

Autre saut dans l’histoire autour des Universités populaires imaginées par l’ouvrier anarchiste Georges de Deherme et le professeur de philosophie en Sorbonne Gabriel Séailles suite à l’affaire Dreyfus. Affaire Dreyfus qui marque la rencontre entre la jaquette et le bourgeron, en d’autres termes une certaine convergence d’intérêt entre des intellectuels progressistes et un mouvement ouvrier en construction et en réflexion. L’éducation populaire des adultes visait alors de permette à chacun d’accéder à un plus niveau de culture sans lien immédiat avec de possibles gains de productivité. Plus haut niveau de connaissance dont la finalité était une meilleure compréhension du monde et une augmentation des capacités de transformation de celui-ci.

 

Enfin autour de Fernand Pelloutier et de la Fédération des Bourses du travail, se retrouve la même ambition éducationniste s’inspirant d’ailleurs des résolutions de l’Association internationale des travailleurs (AIT) quelques décennies plus tôt. S’il s’agissait pour les animateurs des Bourses d’améliorer la qualification des quelques-uns, ils ambitionnaient aussi de permettre à chacun de comprendre « la science de son malheur ». En d’autres termes d’accéder là encore à la compréhension du fonctionnement de la société afin de pouvoir individuellement et/ou collectivement la transformer plus ou moins radicalement selon leurs sensibilités.

 

L’ambition de nos anciens et de nos prédécesseurs allait bien au-delà de notre seule centration sur le travail, elle englobait la société tout entière et bien sûr l’éducation se devait être aussi émancipatrice ! Ambition totalisante que l’on retrouvera dans l’esprit de la loi de 1971 dont l’article premier intégrait la formation continue professionnelle dans le cadre, ô combien plus large, de l’éducation permanente.

 

Avant d’en arriver à celle-ci, rappelons l’importance de la loi de 1959 sur la promotion sociale qui visait à ce que chacun puisse dans le cadre d’une promotion économique individuelle et collective se hisser dans l’ascenseur social des trente glorieuses. Certes, cette loi n’était pas dénuée d’une forte approche idéologique, celle de l’association Capital-Travail voire celle d’en finir avec la lutte des classes comme cela fut affirmé par son rapporteur devant l’assemblée nationale. Néanmoins, elle visait à favoriser la formation des militants syndicalistes puis dans sa prolongation en 1961 celle des militants de l’éducation permanente et populaire. Triple ambition donc de textes, englobant la société toute entière dans ses dimensions économiques et sociales.

 

 

Dans la période plus récente

 

Je ne reviendrai en détail pas sur la noria de toutes les lois sur la formation des adultes qui ont jalonnées les 50 dernières années et qui ont souvent par leur « complexité » rendu confus ou secondaire la compréhension de ses enjeux. Plus de dix textes législatifs émaillent ces décennies. Je me limiterai donc à quelques éclairages et à quelques parallèles avec la loi de 2018.

 

La loi de1971, dans la poursuite de celle de 1966 et des événements de mai 68, puis de l’ANI[2] de 1970 marque une grande avancée, celle de la formation sur le temps de travail avec maintien de la rémunération. Un vrai droit d’accès au savoir pour tous. Contrairement à la formation sur le temps personnel favorisé depuis la promotion du co-investissement et du capital-temps formation en 1991 et à laquelle aujourd’hui on incite de plus en plus par différentes mesures y compris d’ailleurs par des incitations à l’autofinancement et/ou au co-financement de l’effort de formation par les ménages.

 

Arrive 1984 et la possibilité d’usage réel du CIF (congé individuel de formation) grâce au financement par imputation fléchée. Certes, ce congé dit individuel restera sous tutelle du paritarisme mais il permit dans une certaine mesure, soit de tenter de choisir librement son avenir professionnel, soit de penser librement une reconversion y compris personnelle.

 

Loi sur la VAE en 2002 fut aussi une belle avancée, non pas quant à l’accès au savoir mais du fait de la reconnaissance et de la validation des acquis de toutes les expériences. Une belle loi « promotionnelle » dite de modernisation sociale et qui favorise et/ou incite certains à tenter l’obtention d’une certification en lien avec leurs expériences sociales, professionnelles ou personnelles. Cette loi qui intégrera plus tard le code du travail a une finalité modernisatrice plus globale. Elle vise en effet à permettre des reconnaissances individuelles extensives des acquisitions par des certifications nationalement reconnues dans un cadre collectif et sociétal et non pas strictement associées au monde du travail.

 

En 2004, on assiste à un recul capital. La disparition de la notion d’Education permanente dans le code du travail (article 1 de la Loi de 1971), la formation se recentre voire se referme exclusivement sur l’emploi et l’entreprise : le droit à la formation devient un droit à la professionnalisation. Ce qui n’est pas qu’une nuance sémantique. L’intitulé de la loi est en ce sens fort limpide : « formation professionnelle tout au long de la vie », hors cela point de salut.

Les organisations syndicales sauvent le CIF mais renoncent paritairement à la dimension émancipatrice de l’Education permanente des adultes. Dimension fondatrice de la loi de 1971 et qui jusque-là était consubstantiel du syndicalisme tant réformiste que révolutionnaire. De plus, ces mêmes organisations syndicales acceptent  que dans certaines conditions la formation puisse se faire hors temps de travail dans le cadre du DIF (droit individuel à la formation). Le DIF : un pseudo droit individuel sous tutelle de l’employeur qui s’appuie et se fonde sur une convergence partagée d’intérêt. Convergence d’intérêt fondé sur le mythe de la co-production et de la co-responsabilité de son parcours et de sa compétence et/ou de sa qualification par le salarié. DIF qui sera, de plus souvent, détourné en faveur du  plan de formation des entreprises

 La loi de 2009 avait pour but la sécurisation des parcours professionnels. Elle mit en place à cet effet le Fond paritaire de sécurisation des parcours professionnelle (FPSPP) au moment critique où est à l’ordre du jour pour beaucoup « l’insécurité sociale » si bien décrite par Robert Castel et de facto de l’insécurité des parcours professionnels. Mais il faut en convenir le FPSPP rétablira un peu d’égalité en matière de droit à la formation entre salariés et demandeurs d’emploi grâce à la mutualisation, ce qui en soi n’est que justice. Revers de la médaille, le CIF devient accessible en dehors du temps de travail, une nouvelle brèche au contrat « social » de 1968 et 1971 est opérée. De plus, on assiste à une première tentative de renforcement du contrôle de l’Etat sur les OPCA mis en demeurent de passer des contrats d’objectifs et incités peu ou prou à fusionner.

Première recentralisation de la formation aujourd’hui renforcée encore par la mise en place de « France compétences ».

 

 Le 5 mars 2014 voit la naissance d’une nouvelle loi, relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale. A son analyse on y perçoit vite la dimension emploi et formation, peu celle d’augmentation de la démocratie sociale. Le Compte Personnel de Formation (CPF) remplace le DIF à partir du 1er janvier 2015. Un droit universel rattaché à l’individu géré par la Caisse des Dépôts et Consignations : droit personnel et dématérialisé que la loi de 2018 reprend tout en modifiant certains éléments. Compte personnel toutefois soumis pour le mobiliser à l’inscription sur une des listes officielles, un autre mode de tutelle d’un compte personnel et individuel formel.

 

En synthèse : une liberté individuelle de choisir historiquement bien limitée. Le CIF fut soumis à une autorisation d’absence et fut presque toujours sous tutelle des instances paritaires, le DIF demeura largement sous tutelle de l’employeur et le titulaire du CPF fut astreint à un système de listes. On peut s’étonner d’une telle infantilisation du citoyen. L’individu soit disant responsable n’était donc pas si libre que cela de choisir son parcours de formation. Le sera-t-il davantage avec la loi de 2018 ?

 

Quant à cette loi de septembre 2018, Liberté de choisir… si elle confirme et renforce le droit au compte personnel de formation, elle l’inscrit toujours dans le cadre restreint et contraignant d’un avenir professionnel. Elle réaffirme aussi la responsabilité individuelle mythique de chacun de choisir son avenir professionnel en tout connaissance de cause avec ou sans recours au conseil en évolution professionnelle (CEP). Principe de responsabilité et de rationalité tout droit issu du libéralisme économique, à savoir la rationalité[3] constituant le postulat fondamental de la vision économique de l’homme (homo oeconomicus) en capacité d’agir au mieux de ses intérêts, en la matière, économiques. L’usage du CPF sera donc l’un des marqueurs de cette rationalité. En ce sens, cette loi engage la suppression des intermédiations entre le bénéficiaire de la formation et les opérateurs. Vraie difficulté de choix pour certains bénéficiaires de la formation même s’il convient de rester critique sur les abus de pouvoir de certains acteurs de ce processus de mise en rapport. Il faut aussi rester vigilant sur la nature des prestations offertes, vendues, achetées au titre du CPF surtout si le menaçant mouvement « d’ubérisation » des métiers de la formation s’accentue.

Le texte du 5 septembre remplace le CIF par un hypothétique CPF de conversion, autrement moins attractif que le défunt CIF mais dont on ne pourra tirer les enseignements que d’ici quelques années mais qui est déjà menacé d’une mise sous tutelle des Commissions paritaires interprofessionnelles régionales (CPIR). Une fois de plus un libre choix très formel.

Quant aux demandeurs d’emploi, quel choix réel dans un système où la prescription souvent autoritaire prévaut. Là encore il convient d’attendre, sans trop d’illusion, les résultats du Plan d’investissement dans les compétences (PIC), piloté par le ministère du Travail, qui en apparence n’est pas très différent de tous les autres plans qui l’ont précédé. Une avancée possible toutefois, la mise en œuvre des AFEST (actions de formation en situation de travail) qui pourraient renforcer l’accès des salariés des TPE-PME à la formation. Là encore, seul l’avenir nous dira l’emploi et les effets d’une telle mesure.

Pas d’avancée non plus sur la VAE, on peut le regretter. On aurait pu imaginer, par exemple une reconnaissance automatique en tout ou partie des certifications professionnelles acquises par les employeurs au bénéfice du salarié. Un vrai signal de la reconnaissance de la toujours recherchée  « montée en compétences » et en connaissance. Ce sera peut-être à l’ordre du jour de la prochaine réforme…

 

En résumé, la loi de 2018 sur la formation acte la marchandisation et la digitalisation de l’Education des adultes (application, achat en ligne, notation des prestataires, démarchage probable, concurrence…). Elle acte au sens propre une conception bancaire de l’éducation dénoncée par Paulo Freire. La formation devient un bien de consommation avec les dérives que l’on connaît au système consumériste. A quand la « malformation » ?

En bref, en 2018 la logique consumériste remplace l’ambition éducationniste, le paritarisme fondateur des lois sur la formation depuis 1971 est remis en cause, le contrôle et la reprise en main de la formation par l’état est renforcé et « France-compétences » en sera le bras armé. Et

tout en affirmant la liberté de se choisir un avenir strictement professionnel, cette loi, sans même l’inscrire dans une ambition collective, l’enferme dans un individualisme mal compris et délétère.

 

 

Conclusion

 

Par trop de contrainte, on s’éloigne de l’ambition des anciens, celle de Pestalozzi et de bien d’autres, à savoir réussir par l’éducation individuelle et collective à réellement « faire œuvre de soi-même » et cela dans toutes ses dimensions humaines, sociales, citoyennes, artistiques, professionnelles…

 

 

 

 

 

 

[1] Avec quelques ajouts

[2] ANI : accord national interprofessionnel.

[3] Rationalité économique souvent définie y compris par Pierre Bourdieu.

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Éducation populaire, éducation révolutionnaire ?

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Education populaire, éducation révolutionnaire ?

 

Certes tous les courants de l’Education populaire ne sont pas révolutionnaires. Tous se réclament néanmoins peu ou prou de la citoyenneté et de l’émancipation sans toujours interroger ces notions floues souvent à dessein. Nombreux parmi les réformistes de l’éduc-pop sont ceux qui se satisfont d’une démocratie parlementaire et bourgeoise et d’une émancipation toute relative toujours garante de la propriété privée voire de la liberté du travail si précieuse aux yeux des employeurs. On sait que la démocratie et la citoyenneté d’entreprise sont un leurre et la subordination l’alpha et l’oméga de l’exploitation.

Mais là n’est pas mon propos, il s’agit ici de rappeler encore une fois avec détermination qu’il faut à toute force comme le martelait sans cesse Fernand Pelloutier et moi à sa suite « s’éduquer pour s’émanciper ». Là est l’enjeu d’une éducation populaire et libertaire. Car sans éducation sociale, économique, historique, philosophique, scientifique et j’en passe nous ne serons pas en mesure de gérer et de construire la société libertaire à venir.

 

Pour mémoire, déjà Eugène Varlin avant même la Commune de Paris, qui instaura l’éducation pour tous gratuite et obligatoire, militait afin que tout soit mis en œuvre pour permettre aux travailleurs « d’élever leur niveau de conscience et de les préparer à prendre en main tous les aspects de la vie après la révolution sociale »[1]. En cela, il s’inscrivait pleinement dans les motions de la Première internationale, l’AIT pour laquelle « l’instruction et l’éducation sont une des conditions de leur émancipation »[2], entendre celle des travailleurs. Dans ce sens, autodidacte lui-même, « il avait complété sa culture en suivant les cours du soir de l’Association philotechnique »[3].

James Guillaume[4] place l’éducation au cœur de sa brochure Idées sur l’organisation sociale publiée en 1876 car pour lui « la véritable instruction favorise la liberté »[5], c’est-à-dire une éduction rationnelle qui permet de comprendre et d’agir sur le monde. La Charte de Lyon adoptée au congrès constitutif de la CGT-SR (syndicaliste révolutionnaire) qui se déroula les 1er et 2 novembre 1926 affirme que « le syndicalisme dans la période pré-révolutionnaire (…) sera menée à bien la besogne de documentation, d’éducation technique et professionnelle en vue de la réorganisation sociale, (et) sera réalisé dans les meilleures conditions l’apprentissage de classe à la gestion »[6]. Il s’agit donc de s’éduquer avant pour maîtriser les concepts et les outils nécessaires à la transformation du monde et, éventuellement, en amont en forger de nouveaux d’une part pour rejeter certains de ceux de la société honnie et à toute fin utile pour mettre en œuvre le processus de transformation sociale. Les Universités et les Causeries populaires créées suite l’affaire Dreyfus furent, pour certaines d’entre-elles, de véritables laboratoires sociaux visant à mettre le savoir à la disposition de tous dans une perspective allant bien au-delà d’un simple accès à la culture.

Pierre Besnard en 1930, lui aussi, fort de cette même tradition anarcho-syndicaliste et libertaire, dans un ouvrage pragmatique, pour ne pas dire programmatique, intitulé Les syndicats ouvriers et la Révolution sociale considère que par l’éducation « se trouvera résolu un des plus grands problèmes vitaux pour la révolution : celui qui consiste à former les générations qui auront la charge d’assurer la vie du nouveau régime social, de stabiliser au plus haut point la révolution, de rendre possible un nouveau bond en avant »[7].

 

L’Espagne révolutionnaire, largement influencée par les anarcho-syndicaliste de la CNT, est une autre illustration de cette nécessité de conquérir un savoir émancipateur. Le congrès de Saragosse réuni en mai 1936 et dont on connaît l’importance réaffirme, à quelques semaines des premières collectivisations, que « le problème de l’enseignement devra être abordé avec des procédés radicaux. En premier lieu, l’analphabétisme devra être combattu énergiquement. On restituera la culture à ceux qui en furent dépossédés (…). L’enseignement en tant que mission pédagogique visant à éduquer une humanité nouvelle, sera libre, scientifique et identique pour les deux sexes »[8].

Toujours pour illustrer cette nécessité d’éducation populaire révolutionnaire condition de l’émancipation individuelle et collective, je m’appuierai sur des lectures plus ou moins récentes. Ces quelques exemples puisés là encore dans la tradition anarchiste d’outre Pyrénées montrent que quelle que soient les circonstances, mêmes les plus tragiques, la guerre et l’exil, le recours à l’éducation s’impose dans le développement de la conscience révolutionnaire.

Avant même la révolution sociale, dans les athénées les anarcho-syndicalistes de la CNT veille à la diffusion du savoir. Dans ses mémoires Enric Greu se rappelle de l’un de ses compagnons Rafio qui lui avait confié : « je n’aie eu que peu d’occasions d’apprendre à lire et à écrire […] en ville, suivant les cours du soir organisés par le syndicat de la CNT, ajoutées à certaines soirées en assistant aux séances des athénées libertaires, tout cela pendant que je me formais à mon métier de plâtrier »[9].

Carl Einstein, membre combattant du groupe international de la Colonne Durruti écrit en 1936 : des « enfants se battent à nos côtés. Ils parlent peu, mais ils ont vite compris bien des choses. Le soir au bivouac, ils écoutent les plus âgés. Certains ne savent ni lire ni écrire. Ce sont les camarades qui leur apprennent. La Colonne Durruti reviendra du champ de bataille sans analphabètes. Elle est une école »[10]. Rafio cité plus haut confirme cette soif, cette nécessité d’apprendre même dans les pires lieux. Il dit à Enric : « durant les heures volées au front, dans les tranchées, [je suivais], les leçons apportées par les Milices de la culture »[11]. Même volonté de sortir de l’ignorance malgré la défaite car si le savoir est liberté il est aussi bon pour le moral. Cipriano Mera lui aussi se souvient. Sur un camp de concentration où il fut interné en Algérie, il écrit: « pour combattre l’ennui, empêcher la démoralisation et profiter du temps, nous créâmes différents groupes de discussion et d’étude, en commençant par combattre l’analphabétisme »[12]. Enric Greu confirme une telle pratique. Dans les camps d’Argelès, Barcarès, Saint-Cyprien « des quartiers spécifiques se créèrent […], les uns, composés en majeure partie de professeurs et d’instituteurs – parfois de renom – se consacraient à l’enseignement de la lecture, de l’écriture, des langues ; on y donnait également des cours de géographie, d’histoire, et des conférences de toute sorte de thèmes ». Et il ajoute « une véritable université populaire assise sur le sable et adossée aux baraquements »[13]. Les militants anarchistes déportés dans les camps nazis en firent de même car le savoir pour eux rimait avec combat, car le savoir pour eux rimait avec espoir.

 

Fort de cette tradition anarchiste éducationniste et des expériences militantes évoquées ici, il m’apparaît nécessaires à tous les niveaux et dans tous les lieux de notre militance de développer des pratiques radicales et ambitieuses d’éducation populaire révolutionnaire : au syndicat, dans les associations, les AMAP, les universités populaires contemporaines, etc. le renouveau du mouvement libertaire passe, à mon sens, en partie par la voix d’une éducation libératrice et anticipatrice d’un autre futur. La culture et l’éducation apparaissent en effet encore une fois comme l’un des leviers incontournables, avec la lutte économique, à l’œuvre de transformation sociale. Il faut donc veiller « au culte de soi-même »[14], au développement de ses connaissances et de ses capacités d’analyse afin d’engager la transformation sociale.  Le savoir est une arme. Il faut écrivait Marcel Martinet et ce sera ma conclusion « que les éléments de la révolution culturelle soient déjà existants et forts pour que la révolution politique et sociale puisse se lever, vaincre, s’établir. (Car) la révolution ouvrière et humaine ne sera profonde qu’enracinée dans la culture »[15]. En d’autres termes, éducation, émancipation et révolution sont inséparables et co-substantielles.

 

Hugues Lenoir

Groupe Commune de Paris

 

[1] Propos de Paule Lejeune in Eugène Varlin, 1977, Pratique militante et écrits d’un ouvrier communard, Paris, Maspéro, p.34.

[2] Dolléans E., 1957, Histoire du mouvement ouvrier, Paris, A. Colin, t.1, p. 304.

[3] Rougerie J, 2018 ré-éd, La Commune et les communards, Paris, Gallimard, p.89.

[4] Guillaume J., 1979, Idées sur l’organisation sociale, Edition du groupe Fresnes-Antony, Fédération anarchiste, Volonté anarchiste, n°8.

[5] Guillaume J., « La réforme de l’éducation », in Almanach du peuple pour 1871, Saint-Imier, propagande socialiste, p. 22-23, Sources : https://jguillaume.hypotheses.org/, publié le 04/02/2016.

[6]  Charte de Lyon, renéotée, supplément à Solidarité ouvrière, n° 50, publiée par l’Alliance syndicaliste, s.d.

[7]   Besnard P., Les syndicats ouvriers et la Révolution sociale, Editions le Monde Nouveau, Besançon (?), 1978, pp. 327-328.

[8]  Collectif Equipo Juvenal Confederal, La collectivité de Calanda, Ed. CNT-RP, 1997, pp. 28-29.

[9] Safon R, 2016, La montagne noire, l’exil comme royaume, Paris, Ed. Noir et Rouge, p.229.

[10] Einstein C., Hommage à Durruti, radio CNT-FAI, 1936 in Les anarchistes, ni dieu, ni maître, 2012, anthologie présentée par Boulouque S. Le Monde, p. 171.

[11] Safon R, op. cit., p. 229.

[12]  Mera C., 2102, Guerre, exil, prison d’un anarcho-syndicaliste, Toulouse, Le Coquelicot., p. 255

[13]  Safon R, op. cit., p. 211.

[14] Formule de Fernand Pelloutier à interpréter comme une incitation à s’éduquer et non afin de devenir un sur-humain.

[15]  Martinet M. (1935), Culture prolétarienne, Paris, Librairie du Travail. Le référence est celles de l’édition consultée, Paris, Maspero, 1976, p. 43.

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Rapport “Coup de Pouce”

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Rapport “Coup de Pouce”

 

une recherche-action coopérative avec des personnes concernées par l’illettrisme pour améliorer la communication entre l’école et les familles.

Hugues Lenoir (dir.)
Bernadette Detret
Charlotte Faure
Christelle Haïm
Chantal Lendormy
Isabelle Vast
Avec la participation de
Nathalie Bernard
Monique Genty

Un projet de l’association Par Chemins.

 

Château-Chinon, juillet 2018

Dédicace

A tous ceux qui ont accepté de partager leur expérience, leur regard, leurs mots pour que familles et école se reconnaissent comme partenaires de l’éducation.
Aux acteurs de l’éducation
Fabienne Adrien, Directrice Déléguée aux Formations Professionnelles et Technologiques, Cédrick Charbonnel, ancien Proviseur du Lycée des métiers François Mitterrand, Valérie Courault, Directrice de la SEGPA au collège Bibracte, Sylvie Gonthier, Enseignante de lettres-histoire au Lycée des métiers François Mitterrand et Référente Décrochage Scolaire, Lionel Pierdon, ancien Proviseur du Lycée des métiers François Mitterrand, Christelle Renault, ancienne Proviseure adjointe au LEGTA du Morvan.

Avec le soutien

Conseil départemental de la Nièvre
Fondation de France
Fondation Morvan Terre de vie
Pays Nivernais-Morvan

Remerciements

Au CFPPA du Morvan pour son accueil

 

rapport coup de pouce
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Anarquistas Individualistas E A Educação (1900-1914), Os

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Capa-IndividualistasSinopse Anarquistas Individualistas E A Educação (1900-1914), Os

Os individualistas de l´anarchie, conquanto críticos em relação às realizações dos outros libertários em matéria de educação, embora virulentos denunciadores da escola laica e do papel de seus professores – tornarei a isso – inscrevem-se, contudo, na tradição anarquista. Eles consideram, com muitos outros, por sinal, a educação como essencial ao devir das sociedades, seja para mantê-las no Estado, seja para transformá-las.

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Comuna De Paris E A Educação, A: James Guillaume, Pioneiro De Uma Pedagogia Emancipadora

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Capa-Comuna-e-a-educacaoSinopse Comuna De Paris E A Educação, A: James Guillaume, Pioneiro De Uma Pedagogia Emancipadora.
Para a Comuna e os communards, a educação ultrapassa o estrito âmbito da instrução primária; ela concerne a todos os seus membros, crianças, mulheres, futuros operários, adultos, combatentes ou não. Nisso, ela deve ser considerada, para além de suas realizações sociais, como a busca de uma sociedade onde, pela escola e pela educação, o cidadão alcança sua plena dignidade. JAMES GUILLAUME, PIONEIRO DE UMA PEDAGOGIA EMANCIPADORA James Guillaume (1844-1916) é conhecido por ser o autor de uma importante obra, A Internacional, documentos e recordações 1864-1878, na qual relata em detalhes os debates que ocorreram no âmbito da Associação Internacional dos Trabalhadores (AIT); debates aos quais ele assistiu e dos quais participou amplamente ao lado de Mikhail Bakunin. Ele é, contudo, menos conhecido por sua reflexão e seu engajamento sobre um terreno, essencial aos olhos dos libertários, aquele da educação. EDUCAÇÃO LIBERTÁRIA, EDUCAÇÃO CRÍTICA? Assim como Grégory Chambat ressalta, dois sistemas educativos concorrem, aliás, afrontam-se desde o século XIX. […] Todos os regimes autoritários, inclusive republicanos, tentaram utilizar a educação como o ferro de lança de seu projeto societário.

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Ferrer et Les Aventures de Nono

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Ferrer et Les Aventures de  Nono

 

Si Célestin Freinet s’opposait aux livres scolaires préférant les activités directes sans intermédiaires, Francisco Ferrer le grand pédagogue anarchiste catalan, fusillé en 1909, considérait quant à lui le livre comme un outil indispensable pour l’accès à la culture et à l’émancipation. C’est tout l’origine des Aventures de Nono qu’il commanda au propagandiste libertaire Jean Grave comme il le fit pour d’autres ouvrages à Elisée Reclus. Non pas que Ferrer voulait par le truchement du livre faire des enfants, des anarchistes. Tout au contraire il souhaitait par le livre et la lecture développer l’esprit critique et la liberté de choix de l’enfant. C’est pourquoi face aux livres classiques et visant à la conformité et à la soumission il lança le projet d’une bibliothèque alternative.

Ecrites en 1901 Les Aventures de Nono, ce « prototype du roman libertaire pour la jeunesse » se refuse, comme le souligne Sylvain Wagon dans sa préface, à l’infantilisation de la jeunesse, à toute forme de dogmatisme, à « tous les prêts-à-penser et [à] la moralisation bien pensante ». Le voyage de Nono se déroule dans deux lieux, l’un libertaire dans son mode d’organisation,  le pays d’Autonomie ; l’autre dans une société du pouvoir et de la soumission à l’argent nommé l’Argyocratie. C’est par expérience et comparaison que Nono pourra se faire une idée de la société à construire ou éventuellement à accepter avec ses inégalités. Le principe à Autonomie est celui de toute éducation libertaire : être d’abord soi-même et se construire comme futur adulte dans et par la liberté. Il y règne un climat propice à la solidarité. En bref tout le contraire d’Argyocratie où la misère est le lot de la grande majorité d’une population exploitée où certains « jouissent de tous les plaisirs » quand ceux qui travaillent ne jouissent d’aucun (p. 105).

A Autonomie, la prise au tas kropotkinienne est par contre la règle, ainsi les fruits appartiennent à tous et où tous peuvent prendre « autant qu’il voulait de la récolte » (p. 122). Vision un peu réductrice du monde devant conduire l’enfant à comprendre les mécanismes des sociétés réelles présentes et à venir.

En matière d’éducation, les principes de la pédagogie libertaire sont à l’œuvre à Autonomie. D’abord celui de la mixité ou de la co-éducation qui dans les années 1900 déclenchait la haine des aristocrates et des cléricaux contre Ferrer et Robin.

La liberté pour apprendre est la règle, « nous n’avons pas de maître, dit fièrement Nono. Ce sont des amis ! Ils travaillent avec nous, jouent avec nous, nous enseignent ce qu’ils savent, mais ne nous forcent jamais à faire ce que nous ne savons pas ou ne voulons pas faire » ( p. 90). Ainsi Nono échappera  à « un tas de choses fausses [… et n’aura pas] à se décrasser le cerveau des niaiseries qu’on [lui] aura enseignées » (p. 96). Aventures dans deux mondes, mais il ne s’agit que d’un rêve de Nono que Jean grave en anarchiste et en rationaliste conséquent clos afin de protéger ses jeunes lecteurs de toute métaphysique par cette phrase : « Il n’y a pas de fée, il n’arrive jamais aucun événement sans que l’on puisse en expliquer les causes par des raisons naturelles » même si dans les récits merveilleux « on cache souvent une vérité […], une leçon » (pp. 199-200).

 

Ce roman, un peu naïf, a bien sûr vieilli mais il appartient sans aucun doute au patrimoine culturel libertaire au même titre que le temps d’Anarchie de Paul Signac, la chanson de Léo Ferré l’Âge d’or ou encore l’uchronique roman de Pouget et Pataud Comment nous ferons la Révolution. Je ne sais ce qu’en diront les jeunes lecteurs d’aujourd’hui mais il est sûr que l’intention de l’auteur et de Ferrer de construire une contre culture scolaire est toujours d’actualité face aux réac-publicains et aux balivernes répandues autour du « roman français » et des multiples hagiographies des traîneurs de sabres et des coureurs de maroquins.

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Guide pour l’usage du référentiel de compétences du réseau E2C France

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GUIDE POUR L’USAGE DU RÉFÉRENTIEL DE COMPÉTENCES DU RÉSEAU E2C FRANCE

 
Janvier 2018
 

PRÉAMBULE

 

Au cœur de la problématique des jeunes sans qualification reconnue et en risque
d’exclusion, les Écoles de la 2e Chance (E2C) se sont développées pour offrir une
solution innovante, aux jeunes adultes qui sortent du système éducatif sans diplôme
et se trouvent en grande difficulté d’insertion.
Elles ont, dès l’origine, accordé une place centrale à la validation des compétences,
développant des démarches pédagogiques en alternance centrées sur la prise en
compte et la valorisation de l’expérience des stagiaires.
C’est ainsi que la Charte des Principes Fondamentaux du Réseau E2C France, adoptée
en 2004, stipule que les E2C « ne délivrent pas de diplôme, mais visent à accréditer des
compétences » à l’issue d’un parcours favorisant l’acquisition de savoirs de base et de
compétences sociales et professionnelles.
 
Ce principe a établi les bases de l’attestation de compétences acquises (ACA) remise
à chaque stagiaire à l’issue de son parcours. Inscrite au Code de l’éducation (Art. L
214-14), cette attestation constitue aujourd’hui une première reconnaissance qui facilite
l’accès à l’emploi ou à une formation qualifiante. Plus largement, elle s’inscrit dans une
dynamique de prise de conscience de ses acquis et de valorisation de soi qui structure
la pédagogie mise en œuvre dans les E2C.
 
Ce guide est le résultat d’une recherche-action menée depuis 2015 pour définir le
cadre de l’approche par compétences dans les E2C. Mené avec l’appui d’une équipe
universitaire, le Laboratoire Interuniversitaire des Sciences de l’Éducation et de la
Communication (LISEC – Universités de Nancy et Strasbourg), ce projet s’est appuyé sur
des expérimentations réalisées dans 11 E2C et portant sur le repérage, la formalisation et
la valorisation des compétences dans différentes situations d’apprentissage du parcours
E2C dans le cadre des stages en entreprise ou des activités pédagogiques proposées.
Co-construit avec les équipes engagées dans ce projet, ce document de synthèse vise
à doter les E2C d’un socle de références communes.
 
Il définit ainsi les principes d’une approche par compétences centrée sur la prise en compte de l’expérience des stagiaires et visant à les rendre acteurs de leurs projets d’insertion sociale et professionnelle.
 
Dans cette perspective, la nécessité de rendre plus lisibles les acquis des stagiaires a
conduit à élaborer un référentiel de compétences qui favorise la reconnaissance des
compétences des stagiaires auprès des employeurs et des acteurs de la formation
professionnelle. L’élaboration de ce référentiel a conduit, au préalable, à préciser les
modalités d’usage des référentiels et de validation des compétences.
 
Document descriptif, il fixe les attendus en termes de compétences tout au long et à
l’issue d’un parcours en E2C. Il ne constitue pas un programme mais constitue une base
de références communes pour fixer des objectifs des parcours et les évaluer avec les
stagiaires.
 
Les E2C s’inscrivent ainsi dans la logique de « Compétences clés » recommandée par
l’Union européenne pour développer de nouveaux modes d’accès à la qualification et de
reconnaissance des compétences à côté des diplômes et de la formation initiale. Dans
cette perspective, le référentiel des E2C complète les dispositifs existants portés par
l’Education Nationale à travers le « Socle Commun de Connaissances, de Compétences
et de Culture » et par les partenaires sociaux à travers le « Socle de connaissances et
de compétences professionnelles » (CLéA).
 
Le référentiel E2C comprend ainsi 9 domaines de compétences : les 7 premiers domaines
ont un lien direct avec le référentiel CLéA auquel est ajouté un 8e
domaine : « s’ouvrir à la vie culturelle, sociale et citoyenne ».
 
Les compétences en langue étrangère font l’objet d’un domaine complémentaire. Afin de prendre en compte la diversité des acquis des stagiaires et de leurs projets, ce référentiel définit en outre 4 paliers de validation offrant ainsi une possibilité de reconnaissance graduée, plus adaptée aux parcours des jeunes accueillis dans les E2C.
 
La transversalité des compétences mise en valeur dans ce référentiel a été conçue
pour faciliter les correspondances avec les autres dispositifs d’accès à la qualification,
et notamment la préparation à la certification CLéA.
 
L’approche par compétences ainsi redéfinie, inscrit le parcours des stagiaires dans
une logique de formation tout au long la vie. Plaçant au cœur de la démarche l’analyse
de l’expérience, dont celle acquise en entreprise, elle ambitionne d’offrir aux jeunes
accueillis dans les E2C la possibilité de développer de nouvelles compétences, mais
surtout d’être en mesure d’en prendre conscience et de les valoriser.
Construit sur la base des pratiques mises en œuvre dans les E2C depuis plus de 15
ans, ce guide est un outil au service du développement d’un langage commun au sein
des E2C et d’appui aux innovations pédagogiques développées par les Écoles de la 2e Chance.
 

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