Archive du publicateur Éric

Cravirola, un coopérative agricole autogérée

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Cravirola, un coopérative agricole autogérée

 

Drôle de nom pour un livre, en fait il s’agit du nom d’un cours d’eau et d’une coopérative. L’auteur se propose de laisser traces d’une expérimentation politique alliant vie et travail (s/titre) et autogestion de 2002 à 2012. Un lieu où se conjuguent « gestion collective, horizontalité, économie au service de l’humain » (p.12), libre association et prise de décision au consensus. Mais aussi une expérience de vie paysanne, culturelle et militante dans la vallée de Roya afin de se ressourcer. Un lieu collectif où il s’agit de s’organiser sur des principes partager. Ainsi Jérémie Lefranc n’hésite pas à aborder les questions d’organisation tant économiques qu’humaines dans un collectif où l’on fait vivre « le fameux slogan anarchiste : à chacun selon ses besoins, à chacun selon ses moyens » (p.60). Organisation dont il nous livre des principes et des règles de fonctionnement à méditer et/ou à essayer. En 2007, la « colonie » déménage dans le Minervois. Toujours emprunte d’esprit libertaire, elle étend ses activités dans le cadre d’un projet agri-culturel et festif en espérant « faire tache d’huile [… et donner à d’autres] l’envie de construire leurs propres structures, leurs propres outils, leurs propres fonctionnements » (p.96). En bref une alternative en acte où les visiteurs estivaux prennent l’initiative et qu’à leur tour ils autogèrent leurs activités et différents ateliers (p.115).

Malgré, des tensions, des hésitations, des essais et des erreurs, des difficultés souvent interhumaines que l’auteur ne cachent pas en matière d’organisation sociale, cette coopérative est une preuve qu’un autre monde est possible, même s’il est tout petit. Si Lefranc convient que « viser un fonctionnement autogestionnaire est difficile » (p.161), il est essentiel de s’y essayer et de le faire. Alors partout où nous le pouvons expérimentons, plantons les jalons d’une société libertaire

Au demeurant si l’auteur a quitté la coopérative Cravirola, d’autres à sa suite ont tenté sur des bases nouvelles, mais proches, de relancer une dynamique dans les mêmes lieux.

Cette expérience collective autogestionnaire d’une durée significative n’est pas sans rappeler les essais des fouriéristes aux Amériques ou les Colonies libertaires du début du 20e siècle. Mais elle permet aussi d’engager une réflexion plus contemporaines sur des pratiques libertaires et sociales en actes, ce qui n’est pas rien.

Lefranc J., 2020, Cravirola, Rennes, éd. du commun.

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Synthèse et perspectives : les invariants de la pédagogie libertaire

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Synthèses et perspectives : les invariants de la pédagogie libertaire

Pour clore cette introduction, voici à la suite de ceux ce Célestin Freinet, quelques invariants de l’éducation libertaire et autogestionnaire[1].

Du côté de la pédagogie et des apprenant·es

Invariant no 1 : Être rationnelle et développer l’esprit scientifique, favoriser la recherche de la preuve.

 Invariant no 2 : Émancipatrice et permettre à chacun de devenir une personne équilibrée et épanouie dans toutes ses dimensions. De devenir une personne fière et libre.

Invariant no 3 : Encourager l’expérience, la découverte et les projets.

 Invariant no 4 : Mettre la personne au centre de ses apprentissages afin de lui permettre de se réaliser.

 Invariant no 5 : Inciter à développer son autonomie et son esprit critique, favoriser le doute.

Invariant no 6 : Offrir à la personne tous les moyens afin d’être sans jamais devoir être.

Invariant no 7 : Favoriser le papillonnage (la découverte) afin de permettre une libre orientation personnelle et professionnelle.

Invariant no 8 : Assurer la liberté pour apprendre (rythme, modalités, contenu, supports, etc.).

 Invariant no 9 : Ouvrir les lieux d’apprentissage à toutes les compétences et volontés extérieures (adultes, gens de métiers, etc.).

 Invariant no 10 : Développer la pédagogie intégrale et les liens entre pratique et théorie.

Invariant no 11 : Développer les pédagogies actives et donner sens aux savoirs.

 Invariant no 12 : Faciliter et promouvoir la coopération et l’entraide dans le collectif d’apprenant·es.

 Invariant no 13 : Inciter à la confrontation des idées, à l’écoute et au respect d’autrui.

Invariant no 14 : Refuser les notes et les classements qui ne visent qu’à instaurer et à entretenir, voire créer, des hiérarchies entre les personnes.

 Invariant no 15 : Combattre toute forme de coercition et de violence physique, psychique ou symbolique envers les apprenant·es.

 Invariant no 16 : Assumer la mixité et la co-éducation au sens de Ferrer, donc de sexe, d’âge, de culture, d’origines géographiques et sociales, etc.

 Invariant no 17 : Inciter à l’autodirection (choix des apprentissages), à l’auto-organisation (choix des temps et des environnements physiques et humains pour apprendre), à l’auto-évaluation pour se jauger (mesurer ses avancées dans les connaissances).

 Invariant no 18 : Voir ci-dessous.

Du côté des appreneurs et des appreneuses

Invariant no 19 : Développer une posture facilitatrice au sens de Carl Rogers, c’est-à-dire accepter d’être une ressource pédagogique parmi d’autres.

 Invariant no 20 : Réduire et tendre à faire disparaître l’asymétrie pédagogique (inégalité maître-élève).

Invariant no 21 : Renoncer à la tentation de la toute-puissance.

 Invariant no 22 : Garder à l’esprit le lien toujours possible entre savoir et pouvoir.

 Invariant no 23 : Accepter de ne pas être indispensable et favoriser l’auto-organisation des apprenant·es.

Invariant no 24 : Se définir comme un compagnon d’apprentissage plutôt qu’un guide indispensable.

 Invariant no 25 : Veiller à la trans et l’interdisciplinarité et aux liens entre les savoirs (polytechnie).

 Invariant no 26 : Veiller par le dialogue et l’expérimentation à la qualité des concepts et des acquisitions de connaissances dans tous les domaines.

 Invariant no 27 : Favoriser l’appétence à l’éducation à tous les âges de la vie.

Invariant no 28 : Faire du désir d’émancipation de l’autre un principe absolu.

 Invariant no 29 : Favoriser l’intelligence collective et la coopération des idées.

 Invariant no 30 : Œuvrer à l’autogestion pédagogique.

Invariant no 31 : Ne mettre aucun frein à la réalisation de soi, à l’autogestion de soi.

Invariant no 32 : Soutenir le principe de l’éducabilité cognitive et de l’égalité des intelligences.

Au-delà du rappel de ces quelques principes de la pédagogie libertaire, l’intention de ses promoteurs est tout simplement (invariant no 18), par la liberté et l’éducation, permettre à l’individu libre de s’autoconstruire afin de (se) penser et d’agir librement.

[1] Il va de soi que cette liste à la Prévert (pardon à la Freinet) de quelques conseils appelés ici invariants n’a pas vocation à être exhaustive et à enfermer les acteurs de l’éducation. À chacun·e d’en faire, ou pas, son miel pédagogique et d’y faire d’éventuels ajouts.

 

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Une Critique anarchiste de la violence

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Une Critique anarchiste de la violence

 

Ce petit volume intitulé Une critique anarchiste de la justification de la violence est composé de plusieurs contributions d’anarchistes non-violents visant à réfuter l’argumentation souvent spécieuse et erronée de Peter Gelderloos dans son livre Comment la non-violence protège l’Etat. André Bernard fait quelques précieuses mises au point sur les concepts et les pratiques de violence et de non-violence. Puis Sebastian Kalicha souligne la tradition non-violente depuis les origines d’une part significative des résistances anarchistes. Non-violence révolutionnaire radicale « définitivement anti-étatique » (p.39) contrairement à ce qu’affirme Gelderloos. Les activistes non-violents considèrent, et souvent à raison, que la violence porte en elle « sa propre dynamique autoritaire et anti-émancipatrice » (p.39). La contribution de Kalicha se termine sur une réflexion sur la fin et les moyens pour les anarchistes en y replaçant au centre la question de l’usage, fut-il révolutionnaire, de la violence, qui est de fait une question essentielle. Violence qui selon Malatesta pourrait corrompre les libertaires et les conduire à devenir « des persécuteurs cruels et fanatiques » (p.73).

La contribution de Fear vise a réfuté les contrevérités énoncées par Gelderloos à propos de la lutte non-violente en Inde sous l’impulsion de Gandhi qu’il considère suite aux travaux de l’historienne Maja Ramnath comme un anarchiste non-violent. Enfin, après avoir évoqué le mouvement des noirs états-uniens des années 60 et les entorses faites à l’histoire par Gelderloos, Fear considère que ce dernier n’est de fait qu’un simple réac (sic).

L’ouvrage se poursuit sur la pratique du Black bloc lors 1er mai 2018 et des conséquences de l’usage de la violence et de son efficacité tant politique que symbolique. Sans de désolidariser, les auteurs affirment au contraire articuler leur non-violence avec la violence au sein du cortège (p. 111) mais s’interrogent toutefois sur la possible « dérive autoritaire » (p. 118) des pratiques d’affrontement ritualisé et médiatisé et nous engagent, afin d’éviter la prise de pouvoir d’une minorité, à prendre la tête du cortège de tête (sic).

Un petit livre qui donne à réfléchir avec Sommermeyer sur l’éventuelle impasse de la violence et sur les usages révolutionnaires de la violence et/ou de la non-violence et de leur efficacité émancipatrice. 

 

  Collectif, Une critique anarchiste de la justification de la violence, Ed. ACL à Publico.

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Un futur renouvelable

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Un futur renouvelable

 

Tel est le titre d’un ouvrage (1) auquel je rajouterai volontiers un point d’interrogation. C’est bien la question que posent les auteurs face au défi climatique et environnemental qui nous attend d’ici la fin du siècle. Le livre très didactique débute par un rappel des notions essentielles lorsqu’on prétend parler énergies renouvelable ou pas. Il se poursuit par des précisions sur les modes de production, de stockage, de distribution et de consommation de l’énergie et leurs limites. Quant au nucléaire du fait de son coût réel (construction/démontage/gestion des déchets), de sa dangerosité et d’être aussi non renouvelable, il n’entre pas dans un modèle énergétique durable et renouvelé.

Après avoir dressé le constat de la fin prévisible des énergies fossiles disponibles et l’impossibilité des énergies renouvelables à les remplacer complètement malgré la baisse des coûts de production d’ici 2100 environ, il convient dès à présent de songer à un avenir moins énergivore. Ce qui implique pour les auteurs la fin du « consumérisme (p.45) et la construction d’une société basse consommation ce qui impliquera de vivre autrement, habiter autrement, se nourrir autrement, se déplacer et produire autrement, etc. Quant à la production énergétique, elle devra probablement se réorganiser et passer d’un modèle centralisé contrôlé par l’État et/ou le capital à « quelque chose comme un réseau collaboratif de producteurs et de consommateurs d’électricité » (p.88) voire à des logiques d’auto-production individuelles (p.109). Dans ce livre pointu toutes les énergies alternatives sont étudiées avec précision : éolienne, hydrolienne, solaire ou issue de la bio masse. Reste qu’il nous faudra sans doute limiter nos consommations énergétiques pour satisfaire aux besoins de tous. Une piste réduire drastiquement tous les transports et les gaspillages inutiles.

Si les auteurs pointent bien les risques économiques et politiques de la crise de l’énergie on peut regretter leur naïveté quant à la volonté des gouvernements de réduire la précarité énergétique de nombreuses populations. De fait, ils en conviennent, rien ne se fera « sans des luttes et du militantisme social » (p.229).

Non seulement un autre monde est possible mais il est essentiel, reste à savoir sur quelles bases il se construira, celle des « craties » autoritaires, rouges, vertes ou tricolores ou sur des bases autogestionnaires et libertaires. Là sont les enjeux, les dés ne sont pas jetés, il est donc temps de s’en emparer.

 

 

 

  • Heinberg R., Fridley D., 2019, Un futur renouvelable, tracer les contours de la transition énergétique, Québec, Ecosociété. A Publico 20 euros.
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