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Anarchistes et guerre coloniales

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Anarchistes et guerres coloniales

 

Il s’agit d’une réédition d’un livre de S. Boulouque (1) paru en 2003. Il traite de la période 1945-1962. Une bonne initiative de l’ACL car il existe trop peu de choses sur ce thème dans la littérature libertaire. Suite à une nouvelle préface l’auteur rappelle la situation du mouvement anarchiste en France de la Libération à 1962, évoque ses positions anti-guerre et son analyse du colonialisme dont celle de Reclus qui considère que son but « sous couvert des formules les plus honorables, n’est autre que de voler et de piller ».

L’ouvrage analyse ensuite la condamnation des libertaires (FCL/FA) face à la guerre d’Indochine qui en France ne satisfait « que les fous, les traineurs de sabre et les politiciens ». L’auteur poursuit par le conflit algérien, la dénonciation dès 1945 du massacre de Sétif par les troupes françaises qui fit plus de 10 000 morts et des ratonnades du 17 octobre 1961 condamnées dans le n° 75 de décembre 1961 du Monde libertaire. Libertaires qui avec d’autres n’auront de cesse de réclamer la paix en Algérie et de dénoncer la torture qui « continuera tant que l’Etat et sa raison supérieure continueront » sans pour autant négliger une critique de nationalisme et les « féodalités indigènes » en quête de pouvoir.

Dans le même temps les anarchistes dénonceront les pratiques fascistes de l’OAS ce qui aura pour conséquence le plastiquage de la librairie Publico le 13 mars 1962. Le livre se clôt sur quelques réflexions sur les écarts d’analyse des libertaires face aux luttes de libération nationales (FCA/FA/Pacifistes), une rapide évocation des réseaux d’insoumission, le Manifeste des 121…

 

L’ouvrage souligne aussi la faiblesse du mouvement libertaire dans les colonies malgré quelques belles figures du mouvement comme Mohamed Saïl (2) dont on trouvera la biographie en fin de l’ouvrage.

 

A l’occasion de cette réédition, je pense qu’il n’est pas inutile de faire quelques extraits du Monde libertaire de décembre 1961 sur la sinistre journée du 17 octobre de la même année. Ce numéro 75 contient un long article signé Henri K sur le massacre des Algériens venus des bidonvilles et autres hôtels meublés pour manifester pacifiquement dans les rues parisiennes. Massacre est bien le mot, les historiens s’accordent en effet pour dénombrer entre 200 et 300 victimes sous les coups de bidules, voire les coups de feu, et les noyades dont fut responsable la police gaulliste.

Henri K écrit : « il y a eu ce mardi, un mardi d’octobre ou quelques milliers de « non-civilisés » (3) comme toi ont protesté et manifesté dans les rue de Paris. Vous vouliez dénoncer une iniquité incroyable […]. De Nanterre à Auschwitz la route n’est plus très longue. De Gaulle, Debré, Frey et Papon sont sur la bonne voie […].

Amar quand tu nous décrivais ton calvaire et celui de tes camarades, nous étions tentés de mettre au compte de la crédulité, les atroces récits de violence et d’arbitraire. Seulement, vous étiez seize dans votre chambre à Boulogne et vous restez à six. Oui, en ce mardi d’octobre, du sang a coulé sur le pavé de Paris, du sang d’Algérien, du sang de prolétaire […]. Il fut un temps où pour une poignée de ces mêmes cadavres, Paris se serait couvert de barricades […]. La haine du régime contre votre « race » est en fait la haine d’une classe contre une autre classe, la violence, celle de ceux qui possèdent contre ceux qui n’ont rien et que leurs victimes, toi, tes camarades sont les martyrs du prolétariat international ».

Bidules et ratonnades hier, nassages et balles de défense aujourd’hui, les techniques changent, les victimes demeurent. Comme quoi, les violences policières ne datent pas d’hier et sont consubstantielles à l’existence l’état et son bras armé : la police.

 

 

 

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