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Une éducation sans école

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Une éducation sans école

 

C’est le titre d’un ouvrage de Thierry Pardo (1) qui n’est pas sans nous rappeler celui d’Ivan Illich Une société sans école auquel il se réfère explicitement comme il le fait d’ailleurs aussi de Sébastien Faure, de Michel Foucault et son fameux Surveiller et punir ou encore de Murray Bookchin. Pardo se revendique explicitement dans la tradition et les valeurs de l’éducation libertaire. Après quelques considérations philosophiques et critiques sur l’école comme une institution brimant souvent (toujours ?) le développement harmonieux de l’enfant, à l’exception parfois des alternatives éducatives auxquelles l’auteur prête quelques vertus, il développe sa théorie de la piraterie éducative, de son en-dehors pédagogique.

Son ouvrage s’inscrit dans un courant critique présent au Québec et en France vis-à-vis d’une institution scolaire jugée – souvent à juste titre – comme contraignante pour les enfants et ne leur permettant pas de s’épanouir pleinement d’autant qu’elle leur impose des apprentissages décidé par l’Etat et bien souvent par la raison d’Etat et non en fonction des désirs, des préoccupations et des motivations pour apprendre des plus jeunes. Si Pardo milite pour une éducation sans école, tout comme Illich, il ne prône en aucun cas une société sans éducation, tout au contraire… c’est la société et le monde qui deviennent source et moyen d’éducation.

Il ne s’agit pas non plus de laisser l’enfant seul dans un processus incontrôlé d’auto-apprentissage ou d’école buissonnière permanente mais d’organiser ce qu’il nomme un système d’éducation pirate en dehors de l’institution mais sous la responsabilité des adultes et des parties prenantes et militantes d’une telle démarche. Ceci afin que les enfants échappent aux traumas ou aux frustrations scolaires liés aux contenus imposés et non choisis. En effet, pour l’auteur « d’autres mondes éducatifs sont possibles » (p. 25). Il s’agit donc bien de remplacer l’école mais pas par n’importe quoi, mais par une éducation du libre savoir, libérée de la logique imposée des programmes et néanmoins pilotée et co-organisée avec et par les parents éducateurs et le milieu. Education pirate que Pardo définit ainsi : une école qui « repose sur la liberté et la volonté des parents, en lien avec la communauté éducative, de mettre en œuvre une diversité d’approches et de stratégies favorables à l’apprentissage et au développement intégral des enfants. L’éducation pirate vise l’émancipation » (pp. 74-75) dans le cadre « d’un univers signifiant » (p.98) où le savoir prend sens. Education à domicile, éducation pirate qu’il dénomme aussi éco-éducation et dont il donne quelques exemples assez classiques d’ailleurs : sortie, voyage, projet, rencontre, visite de musée, etc. comme autant de prétextes et d’occasions pour découvrir et pour connaître hors des murs de la classe considérés comme des obstacles physiques et symboliques aux apprentissages.

Pardo n’ignore pas les dérives sectaires et dogmatiques toujours possibles dans le cadre d’une éducation à domicile, il les dénonce d’ailleurs. Il est aussi conscient que ce modèle ne peut pas être un modèle unique, certaines familles n’ayant pas les moyens culturels, économiques ou sociaux pour assurer une telle éducation ou que certains enfants malgré les contraintes s’épanouissent dans un milieu scolaire classique. Pour lui l’essentiel, comme pour tous les éducateurs libertaires, le libre développement et l’épanouissement de l’enfant est le seul moyen d’en faire un individu libre, autonome et équilibré de la main et du cerveau comme le souhaitait déjà Sébastien Faure. Au demeurant, pour certains, même si on peut être sceptique sur la capacité des parents à faire de bons choix éducatifs non contraignants, cette aspiration à éduquer sans l’école tend aujourd’hui à se développer et l’auteur permet de mieux en mesurer l’intérêt, les limites et les difficultés. Toutefois, pour d’autres, à conditions d’être repensée, une école sans pratique autoritaire, sans mur et sans contenu imposés, ouverte au monde, en d’autres termes une école émancipatrice, est aussi possible.

 

1 – Pardo T., 2017 Une éducation sans école, Québec, Ed. Ecosociété, 16 euros à Publico.

 

 

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