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Post propos au guide de l’action culturelle et maîtrise de la langue

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Post-propos sur le Guide

Avant d’évoquer le fond et la richesse de ce « guide », j’aimerais partager avec ses lecteurs une première réflexion. Ne serait-il pas pertinent d’en reprendre le titre Action culturelle et Maîtrise de la langue et d’ajouter un « S » à maîtrise afin de souligner qu’il y a différents niveaux de maîtrise ou que toute maitrise est relative au temps, à l’espace et au parcours de chacun ? Ou encore, sans ce « S » considérer que cette maîtrise est pour chacun d’entre nous, au fur et à mesure de notre histoire, de nos professions et de nos réseaux de sociabilité, toujours à acquérir, toujours à perfectionner
Quant au mot « guide », il ne me semble pas très approprié car ce document est tout sauf un guide. Heureusement d’ailleurs, car un guide organise des parcours balisés dont il est difficile de s’écarter. Ce document est au contraire ouverture, incitant le lecteur/acteur à le dépasser, à le recréer. Il n’est qu’un ensemble de pistes, de traces, à suivre ou non. Rien n’y est fermé et totalement modélisé, toutes les combinatoires sont possibles et autorisées. Le lecteur/acteur pourra à l’envi soit reconduire et calquer à ses réalités locales et sociologiques une action culturelle, soit à partir des exemples ici présentés, inventer avec les apprenants/stagiaires de nouvelles réponses favorisant l’accès à la langue et à la culture par la langue et la culture.
De plus et c’est aussi tout l’intérêt de ce « non guide », il nous permet d’accéder une triple dimension de la problématique des actions culturelles en direction de populations en débat avec la langue et ses maîtrises. A savoir, un écho des recherches sur cette thématique. Certes qu’un écho, qu’une incitation à poursuivre notre réflexion théorique pour mieux agir, mais c’est un début nécessaire, une approche incontournable et complémentaire. Il nous faut en effet de la théorie pour l’action et de l’action pour nourrir la théorie.
Mais aussi, ce document nous engage dans une réflexion philosophique et idéologique nous amenant à considérer le rapport entre accès à la culture et citoyenneté (si possible active). L’accès à la culture n’est donc pas qu’une entrée dans le beau académique ou non mais c’est un outil d’apprentissage non seulement de la langue mais aussi l’ouverture à des capacités d’expression et d’action essentielles, permettant à chacun de faire entendre sa voix et de trouver sa voie et sa place dans la société. Et là, un parallèle s’impose avec une double approche qui associe culture et maîtrise de la langue. Une association fructueuse entre la pédagogie des opprimés de Paolo Freire et ses visées émancipatrices et le théâtre d’intervention d’Augusto Boal qui invite à transformer un réel oppressant. Enfin ce document présente quelques éléments méthodologiques et quelques retours d’expériences nécessaires à tous ceux et celles qui souhaiteraient engager des actions favorisant une meilleure maîtrise de la langue arc-boutée à une approche culturelle.

Culture et société

Ce Guide, j’en reprends le titre néanmoins, se veut « un outil vivant et ouvert » visant à être dépasser et à inciter à l’innovation en matière d’action culturelle. Il rappelle aussi que la culture est une passerelle sociologique qui « réunit […] le plus simple et le plus docte », le savant et l’adulte en situation d’illettrisme. L’accès à la culture n’est donc pas qu’un prétexte langagier mais il est aussi une visée politique et sociétale qu’il convient de souligner et d’assumer. L’action culturelle s’avère donc riche en opportunités sociales et apprenantes, elle est à la fois prétexte d’acquisitions langagières et un outil de compréhension de monde et l’ouverture de possibilités d’action sur le réel individuel et social. Elle est encore une occasion d’acceptation de l’altérité et de la différence. Elle est aussi dans les lieux de réclusion ou dans les enfermements individuels un espace d’évasion symbolique, une façon de se projeter hors les murs, hors ses murs. L’action culturelle permet donc de se dépasser en tant que soi, de s’oublier, de se re-trouver, de se re-construire, de développer son moi et nonobstant de rencontrer l’autre dans sa langue et sa culture, car tous les acteurs présents sont porteurs de langues et de cultures. Toujours polymorphe, la culture est, pour reprendre une belle expression de Fernand Pelloutier, dans le respect de chacun, une occasion de s’engager dans la « culture de soi-même », démarche individuelle dans un premier temps qui bientôt s’associera à la culture de tous comme source d’émancipation par la connaissance. L’accès à la culture et à la langue est donc libératoire et permet d’engager des aventures humaines. Il est prétexte aux rencontres où se transforme et se transcende l’humanité.
A condition toutefois, d’accepter les remises en cause, de rompre avec ses représentations. L’action culturelle est d’abord un échange interculturel qui permet des enrichissements réciproques et des innovations. A condition, je le répète d’accepter certaines dépassements, certaines formes de syncrétisme et la mise à mal de certains tabous. Elle est par nature « métissage » tout en étant dans le même mouvement une école de tolérance esthétique et sociale. En bref, une école de croisement et d’échanges de savoirs et de culture, une opportunité d’éducation populaire, au sens noble du terme favorisant l’accès tant à la langue et à ses méandres qu’à une citoyenneté consciente.

Action culturelle et pédagogie

Si l’action culturelle est une occasion de créativité et d’échanges langagiers, elle est aussi source d’apprentissage et de réapprentissage des savoirs et des compétences linguistiques de base. Un exemple parmi ceux qui sont présentés dans le guide, le Slam. Il est autant un accès à la poésie qu’à l’écriture, la lecture, la déclamation publique. Un seul support, qui plus est inscrit dans le temps et le goût de l’époque, favorise une multiplicité d’activités intellectuelles complémentaires car il faut lire pour écrire, écrire pour lire et se dire. Par ailleurs, cet exercice à la fois formel et informel permet de se ré-approprier, par la création de textes, son écriture et sa langue domestique ou bien de domestiquer la langue d’apprentissage. Et surtout d’oublier dans un premier temps les contraintes académiques, syntaxiques, orthographiques… pour peut-être, sans doute, plus tard et sans obligation, y revenir. Un moyen ludique et collaboratif d’accès à la langue. L’action culturelle, porte à mon sens d’autres vertus pédagogiques et andragogiques. Elle implique la mobilisation et le recours aux pédagogies dites actives, à faire du sujet l’acteur et le centre de ses apprentissages. Elle rompt ainsi avec des pratiques encore assez fréquentes de scolarisation traditionnelle et de pédagogie frontale dont on connaît les limites. Pédagogie traditionnelle qui est si souvent source d’ennui et de décrochage voire d’échecs récurrents tant en éducation initiale qu’en formation des adultes allophones ou non. L’action culturelle dont on devrait plus largement s’inspirer comme prétexte d’apprentissage rompt par ailleurs avec une conception bancaire de la connaissance, telle que dénoncée par Paolo Freire en son temps, celle d’une connaissance morte, rarement utilitaire, qui n’offre aucun levier d’action sur le monde et ses réalités. En cela, l’éducation par l’action culturelle s’inscrit une fois encore dans la grande tradition de l’éducation populaire déjà évoquée, celle des cours pour adultes mais surtout celle du théâtre et des concerts autrefois offerts, pour l’accès à la culture et à l’action, dans les Bourses du travail. Autre référence pédagogique possible et/ou sous-jacente de la pédagogie de l’action culturelle, Carl Rogers. En effet, elle implique la convivialité, l’empathie, la congruence, la confiance en soi et en l’autre, le non-jugement… ou écrire, créer, parler deviennent des conditions de réalisation de soi et de compréhension des sociétés de naissance ou d’accueil. Il faut, toutefois, comme le souligne certaines contributions demeurer vigilant et ne pas limiter l’accès à la langue et aux livres à leur « dimension pédagogique à visée didactique ». La langue et le livre doivent aussi (et surtout ?) être des vecteurs d’accès à la culture et au plaisir de la culture. Il ne convient pas de les enfermer dans une logique linguistique strictement utilitariste à des fins uniquement d’insertion sociale ou professionnelle même si ces dimensions sont présentes, prégnantes et quelquefois nécessaires. En bref, il faut aussi laisser place à l’émotion et à la créativité.

Un mot pour une fin provisoire

La culture et la maîtrise de la langue sont intimement associées dans ce « guide » et elles participent toutes deux à la lutte contre trois formes d’insécurité qui souvent se conjuguent, s’accumulent et auxquelles il est fort difficile d’échapper, surtout lorsqu’on est isolé et en dehors des processus de solidarité. A savoir, la première d’entre elle, l’insécurité sociale dénoncée par Robert Castel, l’insécurité langagière évoquée ici même par Hervé Adami auxquelles s’associe, pas toujours heureusement, l’insécurité culturelle. Il convient avec les apprenants de tenter de rompre cette spirale néfaste, et, l’action culturelle telle que décrite, mais sans se limiter à ce seul document car d’autres expériences existent, peut y participer. En particulier en organisant autour de celle-ci des moments et des occasions de valorisation des productions, des temps de reconnaissance sociale qui favorisent les reconstructions narcissiques et la confiance dans les collectifs. Ainsi, sans tomber dans la compétitions mais dans un esprit de saine émulation, les concours, les publications, les expositions, les présentations, les lectures publiques et autres remises de prix peuvent participer de cette mise en perspective positive des œuvres individuelles et/ou collective réalisées. Œuvres individuelles et collectives, de toute forme et de toute nature, relevant ou non des formes académiques, des plus classiques aux installations les plus éphémères selon les goûts, les tempéraments et les choix des acteurs : apprenants, animateurs, formateurs… Toute expérience y compris culturelle est source d’apprentissage et de connaissances, reste à les faire émerger, à les conscientiser puis à les renforcer grâce au travail réflexif.
Je suggérerai encore deux pistes à creuser pour l’avenir en matière de conduite d’activités culturelles apprenantes. La première, celle de la prévention pour les plus jeunes, dès la crèche ou la maternelle, en créant et/ou multipliant dans ces lieux des occasions (il existe là encore des expériences riches et significatives) d’activités favorisant la créativité et les apprentissages fondamentaux dans un cadre ludique. Car la langue et la lecture, pour que leur maîtrise et leur usage soient pérennes, se doivent d’être plaisir et volupté. On sait quels sont les enjeux aujourd’hui, plus qu’hier encore, de maîtriser la langue et les différents codes de la société dans laquelle on vit et s’invente. Le seconde suggestion est de développer dans les cursus de formation de formateurs des modules autour du thème : action culturelle et apprentissage où il s’agirait d’acquérir des compétences transverses visant à permettre de concevoir, mettre en place, gérer et évaluer une activité apprenante prenant pour support des objets et des réalisations culturelles. Modules où se combineraient, approche théorique, méthodologique et pédagogique.
Un dernier mot, pour une fin qui n’en n’est pas une, afin de souligner qu’il ne s’agit pas pour les acteurs engagés dans des activités culturelles apprenantes de faire de la pauvre culture pour les moins dotés. Tout au contraire comme le souhaitait Antoine Vitez à propos du Théâtre populaire pour lequel il militait, il s’agit de faire de « l’élitisme pour tous ». Rien de moins.

Pour en savoir plus : http://www.hugueslenoir.fr

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