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Nonviolence ?

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Nonviolence ?

 

Bien que ne m’inscrivant pas dans ce courant du mouvement libertaire même si j’estime qu’en cas de recours au pire (la violence) il faut toujours en tant qu’anarchiste n’y recourir qu’en dernière instance. La question et la posture m’interrogent. En effet, quid d’une Commune de Paris qui ne répondit à la violence versaillaise que sous la contrainte armée ? La Commune aurait-elle pu s’installer et durer dans le cadre d’un mouvement non-violent ? Ou encore quelle résistance et quelle efficacité d’une CNT-FAI non-violente en juillet 1936 face à la barbarie franquiste ?

J’ai donc lu avec intérêt l’essai de Dominique Boisvert intitulé Nonviolence, une arme urgente et efficace (1). Deux remarques : tout d’abord, l’auteur emploi à dessein dans son titre le mot « arme » car pour lui, c’est le fil rouge et noir de son essai, la nonviolence est une arme efficace et qui plus est d’avenir. Ensuite, il supprime le trait d’union entre non et violence afin d’en faire un concept à part entière et non pas seulement la négation, le contraire de violence.

Il engage donc chacun d’entre nous à penser la nonviolence et à « décoloniser nos imaginaires » (p.13) forgés contre notre gré par une société violente, guerrière et souvent viriliste. En bref, notre acceptation de la violence, voire son exercice, sont le résultat d’habitus acquis, transmis, reproduits plus ou moins inconsciemment. Quant à la définition de la non-violence donnée par Dominique Boisvert, elle m’apparaît libertaire d’esprit et en tout point compatible avec l’éthique anarchiste. Pour moi, la nonviolence est « cette attitude, écrit-il, globale de bienveillance tant à l’égard des autres humains que de la création toute entière. Une attitude faite de respect profond, d’ouverture et de gratitude, qui cherche à construire ensemble sans dominer ni exploiter » (p.16). 

L’auteur souligne par ailleurs une baisse tendancielle au cours de l’histoire de l’humanité du recours à la violence particulièrement au 20e siècle, malgré ses horreurs. Il produit à cet égard des chiffres qui semblent solides et sourcés. Un gros désaccord pourtant avec l’auteur, non pas sur la tendance à moins violence en général mais sur les causes de celle-ci. Boisvert considère en effet que le reflux de la violence serait lié à l’émergence d’un état régulateur et protecteur qui se réserve seul l’usage de la violence légitime telle que définie par le sociologue Max Weber. Pour moi et de nombreux anarchistes, au contraire, même si l’Etat se réserve le droit à violence, nous considérons que l’émergence de la violence est probablement en germe avec l’apparition de l’Etat et des privilèges qu’il installe et protège. Au moins en ce qui concerne la violence sociétale instituée. Reste que comme les libertaires, il considère « sans la moindre hésitation, que l’économie dominante (capitaliste) actuelle est d’une violence structurelle extraordinaire. Une violence tellement « intégrée » dans nos sociétés que nous ne la voyons même plus. Une violence devenue la normalité de nos vie » (p. 67).

Au demeurant, l’auteur brosse un rapide tableau des sources de la réflexion sur la violence et la nonviolence. Il s’inspire ainsi de La Boétie et de son discours sur la servitude volontaire, de Henry David Thoreau, Gandhi, Luther King. Un oubli toutefois, notre compagnon Louis Lecoin n’est pas mentionné. Il fournit par ailleurs un intéressant récapitulatif chronologique de toutes les luttes nonviolentes de 1919 en Corée contre la loi coloniale japonaise jusqu’en 2011 en Tunisie contre la dictature. Elles furent en effet nombreuses et quelquefois (souvent) victorieuses et en cela elles sont réellement une arme. L’auteur dénonce encore à juste titre la gabegie financière que représentent les budgets d’une militarisation toujours galopante. Par contre, il se fait de lourdes illusions sur la capacité de l’ONU à réguler la violence voire installer la paix. Il nous incite néanmoins en toute honnêteté à oser la démarche non-violente. Reste à savoir si elle est possible en toute circonstance. Donc un essai qui actualise et relance la réflexion et la controverse sur la nonviolence et dont je partage en partie la conclusion, à savoir que « la nonviolence est une éthique avant d’être une technique (p.82). Sans pour autant, pour ma part, adhérer aux propos de Luther King qui déclarait « les hommes non plus le choix entre la violence et la non-violence en ce monde ; c’est la non-violence ou la non-existence. Voilà où nous en sommes aujourd’hui » (p.110). Je pense quant à moi qu’un autre futur est possible sans être capable pour autant d’en prédire la voie.

 

 

 

 

(1)     Dominique Boisvert, 2017, Nonviolence, une arme urgente et efficace, Québec, éd Ecosociété.

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