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La Dyoniverstié, une organisation à base multiple

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La Dyoniverstié, une organisation à base multiple

 

La Dyoniversité tout en étant un espace d’apprentissage informel[1] et d’éducation populaire est aussi une organisation à base multiple. Qu’est-ce à dire ? Le concept a été diffusé dans les milieux communistes du PCF en France mais il est probable que la pratique de cette organisation large soit dû au génie inventif et pratique des anarchistes espagnols[2] dans les années 1910-1930. L’idée est lumineuse, autour d’une structure de base (la CNT) viennent se greffer d’autre structures amies liées par la même dynamique (la FAI, les athénées, les Mujeres…). Ainsi à Saint-Denis, après le lancement de l’Université populaire, la Dyoniversité où furent organisés classiquement des cycles de conférences sont venues s’associer quasi spontanément grâce à l’initiative de quelques-uns d’autres activités : une liberthèque, un festival de documentaires sociaux, un atelier vélo, l’AMAP-Court-Circuit…et bientôt une coopérative de consommation.

 

C’est dans ce cadre que j’ai conduit une recherche sur les effets d’apprentissage et de conscientisation sociale de ces activités dont je livre ici quelques résultats. La pratique sociale mise en place à Court-Circuit permet à ses participants à une échelle locale de vivre et de construire une expérience libertaire bien réelle et probablement transférable en de nombreux lieux. Elle répond par ailleurs clairement à une aspiration encore diffuse de nombreux individus, las d’être comme disait Proudhon : diriger, aiguiller, éduquer, commander, manipuler, déresponsabiliser… Aspiration qui les incite à se diriger eux-mêmes et à s’organiser avec d’autres sur les bases d’une libre association pour construire un futur commun.

Tout d’abord Court-Circuit est un lieu qui développe de nouvelles formes de sociabilité où la prise du panier devient sinon un prétexte souvent une tâche secondaire : « Forcément quand on se retrouve toutes les semaines avec 90 personnes, soit on vient chercher son panier et on s’en va, soit on se dit je vais en profiter pour passer un petit moment avec des gens qui deviennent des amis et le lien social, il est assez évident dans ce cas-là »[3]. Pour d’autres, la participation à l’activité à Court-circuit permet de faire évoluer sa vision du monde : « la Dyoniversité, culturellement ça m’a ouvert des portes (…). Maintenant j’écoute radio libertaire (…). Ma vision du monde a changé ». Quelquefois même, le fait de participer à Court-circuit a permis à certains de se découvrir : « Libertaire, c’est un mot que je ne connaissais pas avant d’arriver à l’AMAP, quand j’ai eu une définition, je me suis dit, je suis un libertaire ».

Par ailleurs, toujours selon les témoignages recueillis, la Dyoniversité est ses extensions sont bien des lieux d’éducation populaire authentique qui répondent à la définition la plus radicale du concept, à savoir : une d’éducation du peuple, pour le peuple et par le peuple en dehors du modèle dominant des organisations formelles d’éducation. « Ça c’est quelque chose que je me disais avant, on apprend plein de choses hors l’école, c’est évident des lieux comme ça, ça ne fait que confirmer cette idée-là. Je suis très friande de ces structures où hors l’école, hors l’institution, on apprend et on expérimente surtout, on apprend parce qu’on expérimente, par ce qu’on fait, on participe ».

Parmi ces savoirs acquis par les participants, ceux qui à mes yeux sont essentiels car porteurs de valeurs et d’espoirs ce sont les savoirs sociaux libertaires, en d’autres termes une pratique bien réelle et située de l’autogestion. Ainsi, chacun en agissant librement dans le cadre de Court-Circuit a pu, au gré de son parcours et de son implication, se construire des savoirs organisationnels et politiques : « on a une structure un peu particulière même pour les AMAP puisqu’on fonctionne en autogestion, y’a pas de dirigeants, il n’y a pas de structure pyramidale, chacun est libre de proposer des choses ». Modalités de fonctionnement, mise à l’épreuve du concept d’autogestion, micro-réalisation, demain généralisation ; voilà la portée éducative d’une expérience ouverte à tous et à l’initiative des anarchistes du Groupe Poulaille (FA) de Saint-Denis. Pour tous : « Oui de voir que l’autogestion fonctionne aussi bien, c’est à la fois réconfortant et c’est vachement fort, ça donne confiance et envie de faire plein de choses de cette manière-là et c’est presque surprenant ».

De facto et intentionnellement, cette expérience est un laboratoire social où sont mis à l’épreuve d’autres modalités de décision et d’organisation sociale. Certains l’on bien senti. Pour eux, on y réinvente, plutôt on y pratique du Bakounine sans le savoir. Pour la camarade vitamine la liberté d’autrui augmentait la sienne à l’infini. Les amapiens ne disent pas autre chose : « Moi ce que j’aime, dit l’un d’entre eux, « c’est les gens qui au fur à mesure prennent des libertés et du coup permettre aux autres d’en prendre, c’est un truc un peu exponentiel (…), c’est ça que j’aime beaucoup dans cette AMAP ». Il est donc de fait une mise en œuvre des pratiques et des principes libertaires, certes à petite échelle. En d’autres termes, il est une manifestation concrète de l’anarchisme en acte, de l’anarchisme à l’épreuve du réel. Les réalisations de Court-circuit sont aussi une belle occasion de rester optimiste, au-delà des incantations militantes pseudo-radicales, quant à la réalisation de l’idéal libertaire car, cet « AMAP ça va avec une conception philosophique et politique du monde tel que j’aimerais qu’il soit et non pas tel qu’il est ».

 

 

 

 

[1] Pour la définition du concept et les résultats complets de la recherche : Lenoir H., Une AMAP dans le 9-3, l’AMAP Court-circuit, apprendre en faisant, une expérience d’éducation populaire informelle en milieu libertaire, Editions libertaires, à paraître.

[2] C’est au moins l’opinion que nous avions Jacky Toublet et moi-même sur cette pratique.

[3] Toutes les citations en italiques sont des propos tenus par des acteurs de Court-Circuit.

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