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Inégalité entre les femmes et les hommes face à illettrisme

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Inégalité entre les femmes et les hommes,

face à l’illettrisme

 

Depuis longtemps je souhaitais travailler sur la question de l’illettrisme au féminin, pensant, en m’appuyant sur mes travaux antérieurs, qu’il pourrait être différent. Le travail que j’ai engagé avec l’ANLCI en sera une première approche

Et mon intervention visera à interroger la question de l’inégalité entre les hommes et les femmes face à illettrisme. A la vue des statistiques les hommes sont plus touchés que les femmes par l’illettrisme ce qui en matière d’inégalité entre les hommes et les femmes peut apparaître comme une exception à interroger. Pourquoi les hommes et les femmes sont-ils inégaux devant l’illettrisme, quelles en sont les causes, quels en seraient les remèdes? Sont-ce les mêmes formes d’illettrisme?

L’analyse des statistiques de l’enquête IVQ et les extractions de Jean-Pierre Jeantheau m’ont conduit à formuler un certain nombre d’hypothèses sur cette inégalité entre les femmes et les hommes face à l’illettrisme.

 

Hypothèses sociologiques

Explication par la scolarité et le parcours?

 

Cette inégalité s’expliquerait-elle par une ou plusieurs variables?

Meilleure scolarisation voire meilleure réussite scolaire pour les filles,

Plus de décrocheurs parmi les jeunes hommes que parmi les jeunes filles,

Moins de décrocheuses ou décrochage plus tardif des jeunes femmes,

Plus d’intérêt pour la chose scolaire de la part des filles (rapport aux savoirs différents) ou plus soumises,

Plus d’émulation entre filles pour apprendre,

Représentation de l’école plus valorisée (image plus positive: s’en sortir?),

Savoir de base et compétences clés mieux stabilisés (mieux maîtriser en sortie de système scolaire?).

 

Explication par l’activité sociale et domestique?

 

Cette inégalité s’expliquerait-elle ou se renforcerait-elle par une ou plusieurs variables?

Vie hors école: devoir plus régulier, plus de présence de filles/femmes dans l’aide scolaire

Jeunes filles moins à l’extérieur (jeux de ballon…), moins «accro» télé/vidéo,

Moins sensibles au discours des copains: bouffon, fayot… échec moins valorisé (caïdat scolaire?)

Récurrence moins rapide: entretien ou relance des apprentissages pour et par les femmes: enfants, école, en lien avec les administrations…, journaux «féminins», jeux télévisés?

Nature des savoirs ou mobilisation de savoirs différents dans des activités genrées entre les hommes et les femmes (explication de la récurrence plus forte chez les hommes)?

Femmes: savoirs généraux mobilisés dans les travaux ménagers (couture, tricot, cuisine, courses (proportion, compter, lire)

Mobilisation de savoirs des femmes plus «scolaires» lien avec les administrations, suivi des devoirs (écriture, lecture)?

 

Hommes: usage de savoirs plus techniques et/ou de savoirs plus intuitifs, moins formalisés à l’écrit, requérant moins de lecture (bricolage): savoir de la main, bon «sens technique»?

Ce qui expliquerait en partie une réussite moindre des hommes au test de type «module ANLCI» ?

 

Hypothèses pédagogiques

 

Ainsi face au meilleur niveau de littératie des femmes et leur moins grand nombre en situations d’illettrisme, serait-il envisageable d’opérer une discrimination positive à l’égard des hommes pour plus d’égalité face aux savoirs de base et aux compétences-clés? Malgré la différence hommes/femmes peut-on accepter un traitement de type discrimination positive pour les hommes en matière d’apprentissage et de formation?

Peut-être à certains moments, conviendrait-il de recourir à une pédagogie différenciée/genrée, articulée aux centres d’intérêt supposés différents entre les hommes et les femmes. Pédagogie: plus axée sur les centres d’intérêt mais quid hommes et femmes? Ne risque-t-on pas de renforcer des stéréotypes de genre (mécanique et couture, bâtiment et aides à domicile…)

 

Questionnement de l’échantillon et premières réponses

L’activité de lecture serait aux dires des hommes et des femmes interviewés plutôt féminine mais il existe des exceptions. La nature des lectures serait fréquemment différente: journaux de sport et parfois un quotidien local pour les hommes, les «peoples» ou journaux féminins pour les femmes

L’activité d’écriture serait aux dires des hommes et des femmes plutôt féminine et souvent déléguée par les hommes à leurs compagnes: suivi des devoirs, courriers et liens administratifs.

Les tâches de calcul semblent mieux partagées entre les femmes et les hommes et certains hommes en seraient les «spécialistes»

Le décrochage serait plus fréquent chez les jeunes hommes: intérêt moindre pour les savoirs scolaires, désir de travailler, de gagner de l’argent… Plus d’emplois accessibles aux jeunes hommes peu ou pas qualifié (manœuvre dans le bâtiment ou distribution…)

En règle générale peu/pas d’utilisation de l’écriture et/ou de la lecture dans la sphère professionnelle, peu du calcul. Lorsque ces activités sont mobilisées, elles le sont davantage dans la sphère privée ou en formation, quelquefois dans le monde associatif (atelier d’écriture). Lorsqu’elles le sont au travail, elles sont souvent simplifiées (mots lus/écrits par cœur, cochage de cases). Dans certains cas les messages sur les boites vocales font office de traces et servent à faire passer l’information.

 

Conclusion provisoire

En attendant les résultats du dépouillement systématique des entretiens, le paradoxe des paradoxes c’est que les femmes bien que moins souvent en situation d’illettrisme que les hommes sont plus souvent au chômage et plus rarement, pour ne pas dire jamais chef d’équipe ou contremaître. Ainsi tout est pour le mieux dans le moins bon des mondes possibles, l’inégalité femme/homme reprend ses «droits» face à l’emploi!

 

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