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Ferrer et Les Aventures de Nono

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Ferrer et Les Aventures de  Nono

 

Si Célestin Freinet s’opposait aux livres scolaires préférant les activités directes sans intermédiaires, Francisco Ferrer le grand pédagogue anarchiste catalan, fusillé en 1909, considérait quant à lui le livre comme un outil indispensable pour l’accès à la culture et à l’émancipation. C’est tout l’origine des Aventures de Nono qu’il commanda au propagandiste libertaire Jean Grave comme il le fit pour d’autres ouvrages à Elisée Reclus. Non pas que Ferrer voulait par le truchement du livre faire des enfants, des anarchistes. Tout au contraire il souhaitait par le livre et la lecture développer l’esprit critique et la liberté de choix de l’enfant. C’est pourquoi face aux livres classiques et visant à la conformité et à la soumission il lança le projet d’une bibliothèque alternative.

Ecrites en 1901 Les Aventures de Nono, ce « prototype du roman libertaire pour la jeunesse » se refuse, comme le souligne Sylvain Wagon dans sa préface, à l’infantilisation de la jeunesse, à toute forme de dogmatisme, à « tous les prêts-à-penser et [à] la moralisation bien pensante ». Le voyage de Nono se déroule dans deux lieux, l’un libertaire dans son mode d’organisation,  le pays d’Autonomie ; l’autre dans une société du pouvoir et de la soumission à l’argent nommé l’Argyocratie. C’est par expérience et comparaison que Nono pourra se faire une idée de la société à construire ou éventuellement à accepter avec ses inégalités. Le principe à Autonomie est celui de toute éducation libertaire : être d’abord soi-même et se construire comme futur adulte dans et par la liberté. Il y règne un climat propice à la solidarité. En bref tout le contraire d’Argyocratie où la misère est le lot de la grande majorité d’une population exploitée où certains « jouissent de tous les plaisirs » quand ceux qui travaillent ne jouissent d’aucun (p. 105).

A Autonomie, la prise au tas kropotkinienne est par contre la règle, ainsi les fruits appartiennent à tous et où tous peuvent prendre « autant qu’il voulait de la récolte » (p. 122). Vision un peu réductrice du monde devant conduire l’enfant à comprendre les mécanismes des sociétés réelles présentes et à venir.

En matière d’éducation, les principes de la pédagogie libertaire sont à l’œuvre à Autonomie. D’abord celui de la mixité ou de la co-éducation qui dans les années 1900 déclenchait la haine des aristocrates et des cléricaux contre Ferrer et Robin.

La liberté pour apprendre est la règle, « nous n’avons pas de maître, dit fièrement Nono. Ce sont des amis ! Ils travaillent avec nous, jouent avec nous, nous enseignent ce qu’ils savent, mais ne nous forcent jamais à faire ce que nous ne savons pas ou ne voulons pas faire » ( p. 90). Ainsi Nono échappera  à « un tas de choses fausses [… et n’aura pas] à se décrasser le cerveau des niaiseries qu’on [lui] aura enseignées » (p. 96). Aventures dans deux mondes, mais il ne s’agit que d’un rêve de Nono que Jean grave en anarchiste et en rationaliste conséquent clos afin de protéger ses jeunes lecteurs de toute métaphysique par cette phrase : « Il n’y a pas de fée, il n’arrive jamais aucun événement sans que l’on puisse en expliquer les causes par des raisons naturelles » même si dans les récits merveilleux « on cache souvent une vérité […], une leçon » (pp. 199-200).

 

Ce roman, un peu naïf, a bien sûr vieilli mais il appartient sans aucun doute au patrimoine culturel libertaire au même titre que le temps d’Anarchie de Paul Signac, la chanson de Léo Ferré l’Âge d’or ou encore l’uchronique roman de Pouget et Pataud Comment nous ferons la Révolution. Je ne sais ce qu’en diront les jeunes lecteurs d’aujourd’hui mais il est sûr que l’intention de l’auteur et de Ferrer de construire une contre culture scolaire est toujours d’actualité face aux réac-publicains et aux balivernes répandues autour du « roman français » et des multiples hagiographies des traîneurs de sabres et des coureurs de maroquins.

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